Échanges entre une témoin de Jéhovah et un étudiant en théologie protestante sur la question de la vie éternelle.
Cet échange part de deux affirmations formulées par la témoin de Jéhovah :
- la vie éternelle sur terre : les écritures hébraïques ne parlent pas d’espérance céleste ;
- les enseignements de Jésus confirment que tous les humains justes ne vont pas vivre au ciel.
Les arguments avancés sont les suivants :
1. Les écritures hébraïques ne parlent pas d’espérance céleste.
- Psaume 37 : 29 Les justes résideront sur la terre pour toujours.
- Psaume 115 : 16 Les cieux appartiennent à Dieu, mais la terre Dieu l’a donné aux humains.
- Isaïe 45 : 18 Dieu a crée la terre pour être habitée.
- Isaïe 11 : 9 La terre sera remplie de la connaissance de Dieu.
- L’espoir pour tous les justes qui ont précédés la venue de Jésus était de vivre (après leur résurrection) sur la terre éternellement.
2. Les enseignements de Jésus confirment que tous les humains justes ne vont pas vivre au ciel.
- En Mathieu 11:11 Jésus parle de Jean le baptiste aux foules. Ces personnes sont des lettrés, connaissent la loi, mais elles sont simples avant tout. Ce ne sont pas des théologiens (comme les pharisiens ou les saducéens par exemple). Ce sont des personnes qui ont l’espoir de vivre sur la terre (cf. point 3). Quand Jésus leur parle du royaume des cieux, les auditeurs comprennent qu’il s’agit du gouvernement céleste de Dieu.
- Jésus leur dit que, de tous ceux qui sont nés d’une femme, Jean le baptiste est le plus grand. Il leur annonce aussi qu’un « petit » dans le royaume des cieux est plus « grand » que Jean le baptiste. Aux personnes présentes, Jésus précise que ceux qui composent le royaume des cieux sont supérieurs aux sujets terrestres de ce royaume.
- En Actes 2:34, Jésus est mort et les chrétiens ont été remplis d’esprit saint (à la pentecôte de l’an 33) . Pierre prend la parole devant les habitants de Jérusalem (Actes 2:14 et Mathieu 11:11). Puis au verset 34, Pierre cite David (Psaumes 110:11), et précise au sujet de David qu’il n’est pas monté aux cieux. Si la résurrection devait être céleste, pourquoi David, qui est mort fidèle, n’est -il donc pas monté au ciel ?
- En Jean 3:13, Jésus parle à Nicodème (verset 9). C’est un homme versé dans la loi, un pharisien (Verset 1), un enseignant d’Israël (verset 10). C’est une personne qui croit en Jésus. Quand Jésus lui parle, il ne fait pas mention d’un paradis céleste, mais au contraire, il précise qu’aucun homme n’est monté au ciel. Il conforte donc Nicodème dans la croyance qu’il a déjà d’un paradis terrestre.
- Les personnes qui ont suivi les principes Divins ont eu l’espoir de vivre sur la terre avant que Jésus ne vienne. Et Jésus n’a pas changé cet enseignement .Les apôtres et les chrétiens du premier siècle non plus.
- L’apôtre Jean en Révélation 5:10 parle des personnes qui ont été acheté de la terre par le sang du Christ. Ces personnes doivent devenir un royaume et des prêtres pour Dieu et régner sur la terre. Si tous ces justes doivent être ressuscités au ciel, sur qui doivent-ils régner ?
Si vous le souhaitez, je serais heureuse d’ aborder plus en détails avec vous ce qui a été enseigné par les apôtres Paul et Jean à propos des humains qui seront ressuscités au ciel.
Dans l’attente de vous lire avec plaisir très bientôt.
réponse proposée
Réponse de Bertrand Marchand, étudiant en Master à la Faculté de Théologie Protestante :
Bonjour Madame,
Je viens répondre sur les deux points que vous me proposez.
Le point 1 porte sur l’espérance chrétienne. Il y est question de terre et de ciel. Ceci correspond au schéma cosmologique antique. Ce n’est qu’une représentation humaine du monde. Quand nous parlons de ciel, nous évoquons en effet ce qui est de l’ordre du divin. La terre est de l’ordre de l’humain. Seulement, Dieu vient habiter la terre par son esprit mais aussi par son incarnation en Jésus le Christ. Ceci signifie simplement – à l’aide de représentations humaines – que Dieu se fait proche des humains et n’est pas indifférent vis-à-vis de sa création. C’est pourquoi l’Ancien Testament parle tant d’interventions divines dans l’histoire du peuple hébreu. C’est pour les croyants qui ont écrit ces livres de la Bible une façon d’exprimer leur foi en un Dieu proche et aimant. Mais, ils ont aussi laisser la place au doute lorsqu’ils expriment leur sentiment d’abandon par Dieu, par exemple au moment de l’exil.
Quant à savoir si l’espérance chrétienne se concrétisera sur la terre, cela me semble bien trop emprisonné dans une conception encore bien humaine. Les textes de l’apôtre Paul, dont vous ne tenez pas compte, parlent d’une nouvelle création à la résurrection, d’un face à face avec Dieu, d’une union en Christ. Terre et ciel semblent être des notions qui tombent. La nouvelle créature et Dieu se rejoignent.
Vous citez le psaume 37. «Les justes résideront sur la terre pour toujours. » (v. 29) Ce verset s’oppose au précédent qui parle des méchants dont la descendance sera retranchée. Que signifient fondamentalement ces deux versets ? que la justice gagnera finalement sur l’injustice (les méchants) et de façon pérenne (le « à jamais » et le verbe « résider » qui marque un établissement dans la durée). C’est bien cela la bonne nouvelle de ces versets. Apprenons-nous autre chose ici ? Oui, que la terre est finalement donnée aux justes et non aux méchants. La promesse de la terre est une promesse fondamentale de Dieu envers le peuple hébreu. Ici, le psaume réaffirme la promesse : la terre sera donnée aux justes alors que les méchants semblent s’en être emparés. L’ensemble du psaume affirme que Dieu tient sa promesse envers les justes. Ce psaume parle-t-il d’un au-delà terrestre ? Non, pas à mon sens. Ce n’est pas son propos.
Quand je vous parlais de contexte, il s’agissait bien du sens de l’ensemble du texte d’où un verset est tiré. Si le psaume 37 avait pour intention de décrire le monde de l’au-delà, alors peut-être en effet nous pourrions comprendre que la terre est le lieu de l’au-delà.
L’au-delà est ni au ciel, ni sur terre. Il est une nouvelle création dont nous n’avons pas idée.
Les autres citations que vous donnez n’étayent pas plus votre hypothèse.
Au sujet du point 2 que vous avez développé, il y a la même question de représentation humaine dans l’expression « royaume des cieux ». Qu’est-ce que le royaume des cieux ? Les cieux signifient qu’il s’agit de quelque chose d’ordre divin. Le royaume des cieux est le royaume de Dieu c’est-à-dire le « lieu » (non géographique, non cosmique) où Dieu règne pleinement, où seule sa justice règne. Dans le texte de Matthieu, Jésus exprime que les valeurs humaines sont renversées (et ce n’est pas le seul texte qui parle de ce renversement de valeurs). Les valeurs divines ne sont pas les valeurs humaines. Le plus petit devient le plus grand et inversement. Jésus ne dit pas que – je vous cite – « ceux qui composent le royaume des cieux sont supérieurs aux sujets terrestres de ce royaume » mais que dans le royaume des cieux, c’est-à-dire de Dieu, les supérieurs ne sont pas les mêmes que ceux qui le sont pour les humains.
Le texte d’Actes 2:34 ne dit pas que David n’ira pas « au ciel » au sens où il ne sera pas sauvé. Il dit uniquement que c’est par Jésus le Christ que le salut vient et non par David. Jésus le Christ a été élevé par Dieu son Père et sa justice (la « droite » de Dieu – sous-entendu la main droite de Dieu qui représente la justice). Il est le premier ressuscité d’entre les morts (l’apôtre Paul parle de prémisses). David est toujours parmi les morts. La résurrection est promesse pour les humains aux temps eschatologiques c’est-à-dire quand le règne de Dieu s’imposera à toute créature qui sera dans l’obligation de choisir de façon définitive entre la vie en Dieu pour toujours ou la mort éternelle.
Enfin, je terminerai par votre citation de la visite de Nicodème. Vous parlez d’un paradis déjà sur terre. Oui, en effet, le règne de Dieu est déjà commencé sur terre. Nous sommes en tension entre le futur de la promesse et sa réalisation déjà présente comme prémisses. La résurrection du Christ est le signe pour les croyants de cette promesse déjà présente. Jésus est celui qui rend cette promesse présente et vivante.
Je sais que l’enseignement des témoins de Jéhovah repose essentiellement sur l’Apocalypse de Jean. Ce livre hautement symbolique n’est d’ailleurs pas simple à interpréter. Il me semble contraire à l’Évangile du Christ de dire que des créatures règneront sur d’autres créatures. L’Évangile n’est nullement une parole de domination des uns sur les autres mais bien au contraire une parole de service les uns envers les autres dans l’humilité. Et comme dit Paul : « Il n’y a plus ni Juif ni Grec, il n’y a plus ni esclave ni libre, il n’y a plus ni homme ni femme ; car vous tous vous êtes un en Jésus-Christ. » (Galates 3:28)
Cordialement,
Bertrand Marchand
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