Dans Le Mythe de Sisyphe, Albert Camus déclare
quil ny a quun problème philosophique sérieux
: le suicide et que la plus pressante des questions à laquelle il faut
répondre est de savoir si la vie vaut ou non la peine dêtre
vécue .
Je me suis posé souvent la question de
savoir pourquoi les chrétiens, soit éludaient la question, soit
la rejetait avec violence (ce qui n'est pas votre cas évidement).
Dieu nous a donné non seulement la vie,
mais aussi la capacité de juger cette vie. Il nous a donné à
de nombreux moments de notre vie la liberté de choisir. Et si la possibilité
de se suicider était la liberté ultime ? La faculté de
Lui dire NON.
De toutes les façons, Il est le tout
puissant et il nous connaît bien mieux que personne.Si je me suicide un
jour, Il aura tous éléments de mon dossier entre les mains et
Il décidera.... Il n'y a pas de camp du Diable, sinon il ne serait pas
le tout puissant. Il n'y a que des hommes qui se débattent pour gérer
leurs conflits à l'intérieur d'eux mêmes, entre eux....
Personnellement je respecte beaucoup les personnes qui veulent mourir dignement
(entre autres ceux qui se sentent attaqués par la maladie d'Alzheimer).
Que dit Dieu dans ces cas là ? Moi je me garde bien de me mêler
de Ses affaires.
Je crois que l'on est assez d'accord sur pas mal de choses.
Sauf deux points :
1) En général, la personne qui se suicide ne
le fait pas par choix, mais plutôt parce qu'elle n'a plus de choix ou
qu'elle croit ne plus en avoir. En tout cas pour ce que j'ai pu en deviner
par moi même dans des cas réels. Heureusement, d'ailleurs, qu'en
général une personne qui se suicide n'est pas une personne qui
"zappe" sa vie. Je n'arrive pas à avoir une admiration pour
cette idée là. Je préfère l'expression de la liberté
qui consiste à essayer de s'en sortir en bricolant avec ce que l'on
a.
2) Je ne crois pas qu'une personne atteinte d'Alzeimer, ou
tout autre personne handicapée, ne soit pas digne, ou que sa vie ne
soit pas digne. Il arrive que sa vie soit dure, éventuellement insupportable,
parfois pas très décente (pas belle à voir), mais non-digne,
je ne vois pas.
Pour ce qui est du jugement de Dieu, par principe j'entends
cette affirmation que Dieu est bienveillant et respectueux. C'est plutôt
une garantie, pour le reste, je suis bien d'accord avec vous, c'est son problème.
Amitiés
pasteur Marc Pernot
Le sujet du suicide me tient tellement à
cur, que jai réagi un peu trop rapidement il y a quelques
jours !
En vous relisant et en me relisant, il me
semble que jai mal utilisé, pas assez pesé le sens du
mot " digne ".
Je nécris que pour exprimer des
idées personnelles et surtout pas, dans ce domaine si particulier,
pour donner des leçons à dautres !
Bon, revenons au début. Je me suis
fait, consciemment et inconsciemment une certaine image de ce que je devais
être : " pouvoir se regarder dans la glace le matin " - cest
dans ce sens que jai employé le mot " digne " à
tort : " digne " fait référence aux autres et non
pas à soi-même -. Evidement je nai pas réalisé
ce que je souhaitais en entier et je nai pas échoué complètement
non plus (bien que certains jours de désespoir je dise le contraire
!). Cela a peut-être été une position très orgueilleuse
mais cela aide aussi à vivre. Cest parce que je nai pas
le courage de casser cette image, quau moins 2 fois dans ma vie, jai
failli en finir. La première fois parce que ma vie d'ingénieur
et de navigateur me semblait complètement barrée (mais jai
eu la chance de pouvoir changer de métier). La deuxième parce
quil me semblait, après un grave accident que ma compagne ne
pourrait plus aller avec moi en mer (elle sest rétablie depuis).
On pourrait conclure dans les 2 cas que Dieu ma aidé. Peut-être,
mais je ne vois pas bien le message quil a voulu me donner. " Il
ne faut jamais désespérer ". Facile à dire
après.
Cest toujours ce manque de courage qui
me donne à penser, que si quelque maladie ou accident mempêchait
de poursuivre ma route en mer ou de raisonner clairement, jen viendrais
à en finir. Je connais des personnes qui lont fait, mais chaque
personne est un cas particulier et je ne sais même pas comment je réagirai
dans lavenir.
Merci pour votre confiance. Oui, vous pouvez vous regarder dans
la glace. Absolument aucun doute.
Mais dans quelle glace se regarder en vérité?
Dieu me semble être une extraordinaire glace. Oui, nous sommes insuffisants
(ça fait partie du charme de la vie, un appel à avancer), mais
dans ce miroir que peut être Dieu, nous pouvons nous reconnaître
acceptés et aimés, responsabilisés aussi pour faire un
peu quelque chose.
La Bible est aussi une bonne glace, un réservoir de
questions qui nous interrogent et nous stimulent.
Je comprends un peu votre passion pour la mer (mon frère
et moi sommes passionnés de montagne et d'un chalet d'alpage dans les
Arves -> http://www.chanin.net ). J'imagine un peu la déception
immense que serait de ne plus pouvoir aller en mer pour un vrai passionné.
Mais je ne comprends toujours pas en quoi ça mériterait un suicide.
Ce n'est pas une question de morale, mais une question de philosophie, pour
moi.
Il y a là quelque chose de fondamental sur la nature
même de l'humain, comme une réponse à des questions comme:
Qu'est-ce qui fait que notre vie a un prix, vaut la peine d'être vécue
? Qu'est-ce qui fait que nous avons notre place sur terre ?
Si votre réponse était que, pour vous, la vie
ne vaut d'être vécue qu'en pouvant faire du bateau, on pourrait
dire que cette réponse ne concerne que vous, mais en fait je ne crois
pas que votre propre réponse ne concerne que vous. Votre réponse
concerne votre propre vie, mais aussi l'humain en général. Qu'on
le veuille ou non, nos propres réponses dans ce domaine sont des leçons
que l'on donne au monde qui nous entoure. Par cette réponse vous placez
comme essentielle une certaine capacité à agir. Je ne méprise
pas du tout l'importance de notre capacité à agir (pour faire
du bien, mais aussi pour faire ce que l'on aime et pour se réjouir
de la vie en ce monde). Mais il y a quand même un problème, à
mon avis, quand on survalorise l'agir. Du coup les vieux, les handicapés,
les maladroits ne valent pas grand chose, selon ce critère. Du coup,
un chômeur (frappé dans sa capacité à agir dans
la société) est atteint, malgré vous, par cette sur-valorisation
de l'agir.
La réponse de la Bible me semble être que la valeur
ultime de l'humain est dans l'être, pas dans l'agir, et qu'elle est
dans la relation. Ce n'est pas une abstraction. Quelqu'un qui perd son travail
vaut exactement autant qu'avant de le perdre. Une personne âgée
qui piétine derrière son déambulateur peut avoir une
qualité d'être incroyable. Et même si ce n'est pas le cas
(ce qui arrive aussi), elle est digne de vivre quand même non parce
qu'elle serait quelqu'un de bien, mais simplement parce qu'elle existe (et
qu'elle a de l'importance aux yeux de Dieu). Un marin qui ne peut plus naviguer
a sans aucun doute une très grande "frustration", mais après
un moment de révolte, cela ne me semble pas mériter plus que
la "frustration" d'un enfant qui vient de casser son bulldozer rouge,
son préféré, celui qui a une benne basculante.
Alors, oui, il est bon d'aimer. D'aimer ceux qui nous entourent,
ceux que le hasard place sur notre route, de s'aimer soi-même aussi
(c'est inclus dans le aime ton prochain comme toi-même), et il est bon
d'aimer Dieu, aussi (c'est intimement lié aux deux autres amours).
Et je crois que ça se travaille. L'amour est aussi un
muscle! D'autant plus qu'ici, ce n'est pas l'amour-sentiment qui est commandé,
mais l'amour qui veut le bien de l'autre, qui respecte, qui cherche à
valoriser et grandir l'autre. Ça se travaille. Par exemple en cherchant
à se mettre à la place des gens (c'est un exercice mental qui
peut se faire consciemment et délibérément avant de s'intérioriser
plus), pour cela on peut commencer à s'intéresser aux gens,
à les regarder, à les connaître un peu mieux. Et quand
l'on sent que l'autre nous énerve et qu'on le trouve nul, on peut mentalement,
consciemment rechercher ce qui est bien en lui, et se laisser toucher, enrichir
par cela... Et puis l'on peut travailler sur soi-même. Le soir, la prière
peut être une occasion de présenter devant Dieu (devant l'idéal
d'amour) les relations que nous avons eues avec les autres, de remercier Dieu
de cela, et lui demander de nous donner de les aimer mieux, et d'avoir l'humilité
de nous laisser aimer.
Amitiés fraternelles
pasteur Marc Pernot