Bonsoir, ma mémoire est défaillante en ce moment, et c’est peut-être mieux ainsi… car je ne saurais pas animer un sujet qui m’échappe.
Il fut un temps où avant la Cène le Pasteur disait quelque chose dont l’esprit serait : « avant de te présenter à cette table, si tu as offensé ton voisin, va d’abord faire la paix avec lui ». je ne sais pas si cela provient d’un texte biblique ou religieux.
De nos jours, les pasteurs disent que la table est ouverte à tous ceux qui reconnaissent Jésus comme sauveur. Il n’y a pas contradiction, mais cela me laisse perplexe.
Florence
réponse proposée :
Bonsoir Florence
Je pense que le verset auquel vous pensez est celui-ci : Jésus dit “Si tu présentes ton offrande à l’autel, et que là tu te souviennes que ton frère a quelque chose contre toi, laisse là ton offrande devant l’autel, et va d’abord te réconcilier avec ton frère; puis, viens présenter ton offrande.” (Matthieu 5:23-24)
Ce verset est bien intéressant, mais personnellement je ne crois pas qu’il s’applique à la Communion. En effet, pour nous, la communion n’est pas une offrande que l’on adresse à Dieu mais au contraire c’est un repas auquel Dieu nous invite, c’est Dieu qui nous présente son offrande, celle de sa Parole, celle de sa bénédiction, de sa vie. Le Christ nous offre sa personne et sa vie à manger, à assimiler pour que nous soyons fortifiés, que nous soyons nourris par sa foi, par son amour… Par conséquent, plus nous avons de la haine dans notre cœur, plus nous avons fait du mal, plus Dieu espère arriver à nous aider, plus il nous invite à nous nourrir de son pardon, de sa parole, de la façon d’être du Christ.
C’est pourquoi nous invitons largement toute personne qui reconnait dans le pain et le vin de la Cène des signes de ce que Dieu nous somme en Christ à participer à la Cène. Cet accueil nous semble bien témoigner de la grâce infinie de Dieu. Alors que décourager les pécheurs de participer ce serait comme de dire à une personne qui a un cancer de guérir d’abord avant d’avoir le droit de prendre les médicaments !
Par contre, j’ai entendu des personnes âgées qui m’ont dit avoir entendu, et tremblé en entendant cette lecture avant la Cène : “celui qui mangera le pain ou boira la coupe du Seigneur indignement, sera coupable envers le corps et le sang du Seigneur, il mange et boit sa propre condamnation.” (1 Corinthiens 11:27-29). Cette annonce peut avoir un effet terrible, et donner une idée de Dieu comme celle d’un juge terrible qui rejettera de son amour le coupable. C’est pourquoi nous ne disons pas cette phrase, pourtant explicitement associée à la liturgie de la Cène selon Paul.
Il me semble bien plus fidèle à la foi de Jésus-Christ de dire en ouverture ces versets tirés eux aussi des évangiles :
- Seigneur, je ne suis pas digne d’être appelé ton enfant. (Luc 15:19, tiré de cette immense parabole du fils prodigue, qui fait d’ailleurs suite à la parabole de la brebis perdue qui exprime mieux que tout autre passage de la Bible, peut-être, qu’il n’y a aucune condition à la volonté de Dieu de nous secourir, de nous porter, de nous donner la vie)
- Seigneur, je ne suis pas digne que tu entres chez moi (Mt 8:8, le centurion romain)
- Seigneur, je ne suis même pas digne de ramasser les miettes qui tombent de ta table (allusion à Mt 15:27).
- Mais tu as dit : « Je ne mettrai pas dehors celui qui vient à moi » (Jean 6:37)
Effectivement, Jésus n’a jamais rejeté le pécheur, au contraire, il l’a accueilli, il lui a parlé, il a mangé à sa table, il a même servi de sa main et en premier Judas lors de la Cène. C’est après avoir annoncé le pardon qu’il dit à la femme pécheresse « va, avance, et ne pèche plus« , le fait de ne plus faire du mal est plus une conséquence de la rencontre a-vec le Christ qu’une condition pour être admis à sa table.
Mais alors comment comprendre ce terrible avertissement de l’apôtre Paul ? Ce n’est pas un chantage, bien entendu, mais c’est un avertissement. Même l’amour de Dieu est inefficace pour nous faire naître à la vie si nous le méprisons. Par exemple, celui qui pratique la religion sans s’ouvrir à une vraie démarche de remise en cause personnelle, de volonté de cheminement, d’espérance d’une guérison qui vienne de Dieu… sa religion est vaine. Ses actes religieux et ses sacrifices peuvent même être source d’orgueil, de dureté, d’une sorte d’arrogance devant Dieu lui-même, pensant que c’est bien normal qu’il nous considère comme quelqu’un de bien… de sortes que ce n’est pas facile pour Dieu de nourrir notre croissance.
Je me souviens d’un culte où j’ai vu arriver au milieu du culte un homme que je connaissais bien, c’était un homme condamné à une lourde peine de prison, juste en permission de sortie pour un week-end. Cet homme participait régulièrement au partage biblique que j’organisais tous les 15 jours dans la prison où j’étais aumônier, mais en refusant de toucher une bible, se disant athée et juste là pour accompagner un ami. Cet homme, donc arrive au milieu du culte, entend la Bible, la prédication, la prière… et entend l’annonce d’ouverture de la Cène à quiconque le désire, et cette « prière d’humble accès » avec les trois « je ne suis pas digne… mais tu as dit « je ne mettrai pas dehors celui qui vient à moi ». Et voilà ce monsieur qui se met dans le cercle et qui prend le pain, le mange, reçoit la coupe et trempe ses lèvres. Cet homme, non baptisé, m’ayant dit être athée, ayant commis je ne sais quel crime a dû sentir quelque chose de l’Evangile, non ?
En tout cas ce que dit alors la liturgie me semble conforme à l’Evangile du Christ,
non ?
pasteur Marc Pernot