Je vous écris pour connaître
votre avis sur une question d'ordre théologique que je me pose !
Je crois en Dieu, mais j'ai véritablement
l'impression de ne pas l'adorer comme il faut et surtout l'impression de le
"salir" et de le "mépriser" à chaque fois.
J'admets que ces mots sont forts par rapport à ce que je ressens mais
je n'en vois pas d'autres!!
Je n'ai même pas peur d'un jugement
quelconque de Dieu, car je le crois être bienveillant! J'ai l'impression
que je n'arriverais jamais à faire des efforts pour m'améliorer
et je ne sais pas trop par quel bout m'y prendre! Le peu d'améliorations
que j'observe ne dure jamais plus de 2 jours et je trouve ça assez décourageant!
J'imagine que changer prend du temps mais voir mon manque de progression me
bloque quelque peu dans ma relation à Dieu.
Sinon, mon prof d'histoire nous a affirmé
que Jean n'a pas connu Jésus? est ce vrai? C'est assez dur à croire
en lisant son évangile.
Bonjour André,
La science progresse grâce au doute, c'est-à-dire
à la remise en cause (partielle en général) de la science
d'aujourd'hui. À mon avis, notre réflexion théologique
et notre foi ont ceci de commun avec la science. Le doute, les questions que
l'on se pose sont en général normales et saines.
En particulier les questions que vous vous posez. Elles me
semblent bonnes, partir de quelque chose d'important.
Vous avez l'impression de "salir" Dieu quand vous
vous adressez à lui. Ce serait malsain si vous aviez peur de lui, mais
ce n'est pas le cas. Vous savez que c'est une impression, et qu'en fait, ce
n'est pas possible car il est insalissable (!) et qu'en plus il est bienveillant.
Cette impression est peut-être seulement la juste perception de son
immensité et de sa perfection. On l'oublie trop souvent. Nous avons
l'impression d'être le centre de l'univers, alors que rien que l'univers
nous dépasse infiniment, dans un certain sens (en dimension en tout
cas) et Dieu est en train de créer tout cela... Vous pouvez donc accueillir
cette impression comme elle vient, et continuez à savoir que ce n'est
qu'une impression que compense l'incroyable réalité d'un Dieu
qui s'abaisse à nous par bienveillance, comme nous le montre Jésus-Christ.
Pour les progrès, il est exact que nos progrès
sont toujours infiniment trop lents et souvent en dents-de-scie. C'est vrai
pour chacun de nous et c'est vrai pour l'humanité. Mais chacun de nous
et chaque génération est comme un univers tout entier qui est
tout neuf et qui est en genèse. Chaque progrès est un miracle
improbable, une victoire contre le chaos. Nous ne sommes pas Jésus-Christ
et nos progrès sont lents, certes. Mais Dieu ne se lassera jamais de
veiller sur ces moindres progrès.
Votre impatience est bonne, elle montre votre soif d'avancer,
elle montre votre conscience que vos seuls efforts ne suffisent pas mais que
vous avez besoin d'une aide qui soit plus qu'humaine. J'en connais une seule
= le créateur (cf. le psaume 121). Mais il n'agit pas comme avec une
baguette magique, il sèmerait plutôt des graines d'arbres qui
porteront des fruits en leur temps. Mon conseil : restez impatient, mais soyez
indulgent avec vous-mêmes, on ne crée pas un univers en une seconde,
Dieu lui-même ne peut pas le faire (en tout cas, il ne le fait pas).
Pour Jean et Jésus, il me semble plus que probable que
l'auteur de l'évangile selon Jean a plus que connu Jésus, il
était parmi ses très proches, voire même le plus proche
de ses disciples et de ses amis.
Ce qui fait peut-être dire cela à votre professeur,
c'est que certains spécialistes disent que cet évangile a été
écrit assez tardivement, vers 65. Cela n'est d'abord pas certain du
tout, d'autres spécialistes disent qu'au moins une première
version de cet évangile serait parmi les plus anciens textes, écrits
seulement quelques années après la mort de Jésus. Tout
cela repose sur la datation de détails infimes, des suppositions d'allusion
à tel ou tel événement ou question débattue à
telle époque... et les théories évoluent.
Il est possible aussi que votre professeur fasse allusion à
l'auteur de l'Apocalypse qui est attribuée à Jean, mais dont
il n'est pas du tout sûr qu'elle ne soit pas de personnes proches de
lui qui l'auraient écrite bien plus tard?
Avec mes amitiés
pasteur Marc Pernot