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Dieu est-il juste ?

Dieu est-il juste?

Si oui, comment expliquer la conduite amorale qu'il adopte dans l'ancien testament?

Antoine ?

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Bonjour,

La justice se mesure par rapport à une norme, une loi morale. La question est donc d’abord de savoir quelle est la norme qui va servir pour déterminer si Dieu est juste ou non.

Le problème c'est que la norme du bien et du mal, du juste et de l’injuste est ni universelle ni intemporelle. Par exemple, il a longtemps été considéré comme correct pour un homme d'avoir plusieurs femmes, il a été considéré comme juste de couper la tête à un assassin... On le voit même dans l'Ancien Testament. Mais maintenant, en tout cas pour nous, ce n'est pas considéré comme une bonne chose. La notion de justice a évolué. C'est parfois heureux, parfois c'est moins bien.

Et donc, Dieu est-il juste ? Oui, car, Dieu est le bien absolu. c'est la définition même de Dieu.

Pourquoi est-ce que certains passages de la Bible nous choquent ? Parce que, heureusement, notre conception de Dieu a évolué par rapport à ce que les gens pensaient il y a 2000-3000 ans, et donc notre conception de ce qui est juste a évolué. En particulier Jésus-Christ nous a fait évoluer. Avec lui, nous avons la certitude de l'amour de Dieu, qu'il n'y a en lui que du bien, qu'il est source de vie, d'épanouissement... Du coup nous considérons comme juste ce qui va dans le sens de la vie, du pardon et de l'épanouissement de toute personne. Et tout naturellement, quand un texte nous présente Dieu comme source de mort ou de souffrance, ça ne colle pas. Heureusement. Cela prouve que nous avons évolué.

On n'est pas forcément d'accord avec tous les passages de la Bible. Ce sont des témoignages d'une personne sur la relation qu'il a eu avec Dieu. Mais un témoin n'est pas neutre, son témoignage est lié au point de vue qui est le sien à un moment de son histoire, et dépend un peu de son humeur, de sa culture, de ses convictions....

Quand une page de la Bible nous dit que Dieu ordonne de massacrer tous les habitants d'un pays jusqu'à tuer le gros et le petit bétail, je ne crois pas que ce soit juste au sens littéral. Dieu ne veut pas que nous massacrions quiconque. Ce ne serait pas cohérent avec le Dieu d'amour que nous révèle Jésus-Christ. Si des gens ont cru que Dieu les envoyait faire des massacres, ils se sont trompés, à mon avis, ou ils ont utilisé la religion comme mauvaise justification à leur propre désir de massacre.

Mais quand je dis cela, c'est une option morale (le bien, le juste = ce qui va dans le sens de la vie), c'est donc une option théologique (Dieu est forcément et toujours source de vie). Il est donc fondamental de penser sa théologie en faisant des choix sur ce que l'on considère comme essentiel sur Dieu. C'est très personnel et cela oriente notre conception de ce qui est juste. Personnellement, dans la Bible, je privilégierais la notion de justice proposée par le chapitre 15 de l'évangile selon Luc (les paraboles de Jésus sur la brebis perdue, la pièce perdue et les fils perdus). Dieu y est absolument une source de pardon, de vie, de réconciliation, de liberté.

Que faire alors de ces passages où Dieu semble vouloir massacrer des gens? On peut quand même s'y intéresser en les lisant à la lumière des textes qui disent que Dieu est source de vie. Ce qu'il veut éliminer c'est donc plutôt le mal, la souffrance et la haine. Ce ne sont pas des personnes que Dieu veut éliminer, mais la personne mauvaise qui est en chacun pour que nous en soyons libérés.

Amitiés

pasteur Marc Pernot

Merci beaucoup pour votre réponse, qui a su éclaircir bien des questions. Cependant, cela soulève aussi davantage de questions.

Vous dites que la norme morale varie avec les époques. Pourtant, Jésus pose que norme les dix commandements, combinés à deux autres, "aime ton prochain" et "aime Dieu." Jésus nous rappelle aussi que notre prochain, c'est tout le monde, pas seulement notre ami. Cette norme morale, du moins ses grandes lignes, est encore en vigueur aujourd'hui. Certainement, pour des questions particulières , comme la polygamie, il faut savoir appliquer cette norme selon l'air du temps. 'est-ce pas ce que les chrétiens font avec le divorce, l'avortement, la peine de mort et d'autres questions d'ordre éthique? Bref, la norme semble ne pas changer, c'est son application qui s'adapte au contexte historico-culturel. Nos mentalités, nos valeurs changent, mais Dieu ne change pas. Il est le même Dieu qu'il y a 100, 2000 ou 6000 ans.

Bon exemple : la peine de mort. Découvrir que l'assassin, l'étranger et l'idolâtre sont aussi mon prochain n'a pas toujours été évident. Nous avons évolué, et heureusement, dans la compréhension de ce qu'est l'humain. Du coup, avec la même règle de Jésus, notre notion de justice a changé. Mais c'est précisément Jésus qui a fait incroyablement évoluer notre notion sur ce qui est juste, tout en gardant les mêmes 10 commandements. Par exemple, face à la femme adultère, la Loi dit qu'elle doit être lapidée, Jésus la reconnaît comme coupable mais invite les gens à reconnaître en elle une sœur. La perspective est profondément changée.

Deuxièmement, comment affirmer a priori que Dieu est bon? Une conduite amorale n'est pas l'oeuvre d'un être bon; on ne peut justifier une telle condutie en affirmant candidement que Dieu est infiniment bon. La bonté d'un être sa manifeste dans ses actes. Si on parvient à démontrer que Dieu agit de façon amorale, on ne peut que remettre en cause le summum bonum, ne serait-ce que pour le bien de l'enquête.

Vous dites que Dieu est bon par définition, mais d'où vient cette définition?

Cela marche dans les deux sens. D'abord on devient ce en quoi l'on croit : si l'on croit en un Dieu massacreur on intègre progressivement dans sa notion de justice le massacre. Mais ça marche aussi dans l'autre sens, si l'on pense qu'il est vraiment inacceptable de massacrer des enfants, alors on est obligé de faire évoluer sa théologie en refusant de donner à Dieu la responsabilité d'un tel massacre.

Je ne crois pas que, si on pouvait les interroger, les parents des enfants égyptiens massacrés lors de la première pâques nous feraient un portrait flatteur de Yavhé. Je ne crois donc absolument pas que Dieu a massacré les enfants égyptiens. Peut-être est-ce une légende. Peut-être que les gens de l'époque ont cru que c'était Dieu qui les avait massacré. Peut-être faut-il lire ce texte allégoriquement (Dieu élimine le mal dans le monde)... Mais en tout cas, je suis persuadé que Dieu, le Dieu que révèle Jésus Christ, n'a pas massacré d'enfants. Idem pour les peuplades massacrées, comme vous le mentionnez, jusqu'au plus petit bétail, ou encore de ces adolescents qui traitèrent le prophète de chauve (comme quoi toute vérité n'est pas bonne à dire.) Doit-on croire que des millions de personnes innocentes ont souffert pour que nous ayons une histoire édifiante à raconter à l'école du dimanche? Que des nouveaux-nés sont morts simplement pour accomplir une prophétie messianique? (C'est ce qu'affirme www.carm.org, site d'apologies chrétiennes). Pour résumer, Dieu se manifeste de façon amorale dans l'Ancien, à un point où on doit remettre en question le bien suprême qui l'habite. La question centrale est donc: doit-on faire une lecture symbolique de l'Ancien Testament? Doit-on ramener tous les passages controversés à la subjectivité de leur auteur, en disant que c'est là leur propre vision de Yavhé, en tant que "Dieu des montagnes", vengeur, jaloux et colérique?

Dieu ne se manifeste pas partout de façon amorale (c'est à dire contraire à notre notion de justice nourrie du témoignage du Christ). Dans l'Ancien Testament, Dieu est bien souvent le Dieu du pardon et de la vie. Mais pour les passages choquants, oui, on peut en faire une lecture allégorique, ça me semble souvent une bonne solution, meilleure que de ne pas lire ce texte, et meilleure que d'intégrer des crimes à notre conception de Dieu.

Il y a ce passage dans Faust où Méphistophélès se plaint qu'il est le seul à s'occuper de l'humanité alors que Dieu ne fait que la piétiner. L'Ancien Testament lui donne souvent raison.

J'attend vos réponses. Amitiés, Antoine

Amitiés

pasteur Marc Pernot

 

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