Si oui, comment expliquer la conduite amorale
qu'il adopte dans l'ancien testament?
Bonjour,
La justice se mesure par rapport à une norme, une loi
morale. La question est donc dabord de savoir quelle est la norme qui
va servir pour déterminer si Dieu est juste ou non.
Le problème c'est que la norme du bien et du mal, du
juste et de linjuste est ni universelle ni intemporelle. Par exemple,
il a longtemps été considéré comme correct pour
un homme d'avoir plusieurs femmes, il a été considéré
comme juste de couper la tête à un assassin... On le voit même
dans l'Ancien Testament. Mais maintenant, en tout cas pour nous, ce n'est
pas considéré comme une bonne chose. La notion de justice a
évolué. C'est parfois heureux, parfois c'est moins bien.
Et donc, Dieu est-il juste ? Oui, car, Dieu est le bien absolu.
c'est la définition même de Dieu.
Pourquoi est-ce que certains passages de la Bible nous choquent
? Parce que, heureusement, notre conception de Dieu a évolué
par rapport à ce que les gens pensaient il y a 2000-3000 ans, et donc
notre conception de ce qui est juste a évolué. En particulier
Jésus-Christ nous a fait évoluer. Avec lui, nous avons la certitude
de l'amour de Dieu, qu'il n'y a en lui que du bien, qu'il est source de vie,
d'épanouissement... Du coup nous considérons comme juste ce
qui va dans le sens de la vie, du pardon et de l'épanouissement de
toute personne. Et tout naturellement, quand un texte nous présente
Dieu comme source de mort ou de souffrance, ça ne colle pas. Heureusement.
Cela prouve que nous avons évolué.
On n'est pas forcément d'accord avec tous les passages
de la Bible. Ce sont des témoignages d'une personne sur la relation
qu'il a eu avec Dieu. Mais un témoin n'est pas neutre, son témoignage
est lié au point de vue qui est le sien à un moment de son histoire,
et dépend un peu de son humeur, de sa culture, de ses convictions....
Quand une page de la Bible nous dit que Dieu ordonne de massacrer
tous les habitants d'un pays jusqu'à tuer le gros et le petit bétail,
je ne crois pas que ce soit juste au sens littéral. Dieu ne veut pas
que nous massacrions quiconque. Ce ne serait pas cohérent avec le Dieu
d'amour que nous révèle Jésus-Christ. Si des gens ont
cru que Dieu les envoyait faire des massacres, ils se sont trompés,
à mon avis, ou ils ont utilisé la religion comme mauvaise justification
à leur propre désir de massacre.
Mais quand je dis cela, c'est une option morale (le bien, le
juste = ce qui va dans le sens de la vie), c'est donc une option théologique
(Dieu est forcément et toujours source de vie). Il est donc fondamental
de penser sa théologie en faisant des choix sur ce que l'on considère
comme essentiel sur Dieu. C'est très personnel et cela oriente notre
conception de ce qui est juste. Personnellement, dans la Bible, je privilégierais
la notion de justice proposée par le chapitre 15 de l'évangile
selon Luc (les paraboles de Jésus sur la brebis perdue, la pièce
perdue et les fils perdus). Dieu y est absolument une source de pardon, de
vie, de réconciliation, de liberté.
Que faire alors de ces passages où Dieu semble vouloir
massacrer des gens? On peut quand même s'y intéresser en les
lisant à la lumière des textes qui disent que Dieu est source
de vie. Ce qu'il veut éliminer c'est donc plutôt le mal, la souffrance
et la haine. Ce ne sont pas des personnes que Dieu veut éliminer, mais
la personne mauvaise qui est en chacun pour que nous en soyons libérés.
Amitiés
pasteur Marc Pernot
Merci beaucoup pour votre réponse, qui
a su éclaircir bien des questions. Cependant, cela soulève aussi
davantage de questions.
Vous dites que la norme morale varie avec
les époques. Pourtant, Jésus pose que norme les dix commandements,
combinés à deux autres, "aime ton prochain" et "aime
Dieu." Jésus nous rappelle aussi que notre prochain, c'est tout
le monde, pas seulement notre ami. Cette norme morale, du moins ses grandes
lignes, est encore en vigueur aujourd'hui. Certainement, pour des questions
particulières , comme la polygamie, il faut savoir appliquer cette
norme selon l'air du temps. 'est-ce pas ce que les chrétiens font avec
le divorce, l'avortement, la peine de mort et d'autres questions d'ordre éthique?
Bref, la norme semble ne pas changer, c'est son application qui s'adapte au
contexte historico-culturel. Nos mentalités, nos valeurs changent,
mais Dieu ne change pas. Il est le même Dieu qu'il y a 100, 2000 ou
6000 ans.
Bon exemple : la peine de mort. Découvrir que l'assassin,
l'étranger et l'idolâtre sont aussi mon prochain n'a pas toujours
été évident. Nous avons évolué, et heureusement,
dans la compréhension de ce qu'est l'humain. Du coup, avec la même
règle de Jésus, notre notion de justice a changé. Mais
c'est précisément Jésus qui a fait incroyablement évoluer
notre notion sur ce qui est juste, tout en gardant les mêmes 10 commandements.
Par exemple, face à la femme adultère, la Loi dit qu'elle doit
être lapidée, Jésus la reconnaît comme coupable
mais invite les gens à reconnaître en elle une sur. La
perspective est profondément changée.
Deuxièmement, comment affirmer a priori
que Dieu est bon? Une conduite amorale n'est pas l'oeuvre d'un être
bon; on ne peut justifier une telle condutie en affirmant candidement que
Dieu est infiniment bon. La bonté d'un être sa manifeste dans
ses actes. Si on parvient à démontrer que Dieu agit de façon
amorale, on ne peut que remettre en cause le summum bonum, ne serait-ce que
pour le bien de l'enquête.
Vous dites que Dieu est bon par définition,
mais d'où vient cette définition?
Cela marche dans les deux sens. D'abord on devient ce en quoi
l'on croit : si l'on croit en un Dieu massacreur on intègre progressivement
dans sa notion de justice le massacre. Mais ça marche aussi dans l'autre
sens, si l'on pense qu'il est vraiment inacceptable de massacrer des enfants,
alors on est obligé de faire évoluer sa théologie en
refusant de donner à Dieu la responsabilité d'un tel massacre.
Je ne crois pas que, si on pouvait les interroger,
les parents des enfants égyptiens massacrés lors de la première
pâques nous feraient un portrait flatteur de Yavhé. Je ne crois
donc absolument pas que Dieu a massacré les enfants égyptiens.
Peut-être est-ce une légende. Peut-être que les gens de
l'époque ont cru que c'était Dieu qui les avait massacré.
Peut-être faut-il lire ce texte allégoriquement (Dieu élimine
le mal dans le monde)... Mais en tout cas, je suis persuadé que Dieu,
le Dieu que révèle Jésus Christ, n'a pas massacré
d'enfants. Idem pour les peuplades massacrées, comme vous le mentionnez,
jusqu'au plus petit bétail, ou encore de ces adolescents qui traitèrent
le prophète de chauve (comme quoi toute vérité n'est
pas bonne à dire.) Doit-on croire que des millions de personnes innocentes
ont souffert pour que nous ayons une histoire édifiante à raconter
à l'école du dimanche? Que des nouveaux-nés sont morts
simplement pour accomplir une prophétie messianique? (C'est ce qu'affirme
www.carm.org, site d'apologies chrétiennes). Pour résumer, Dieu
se manifeste de façon amorale dans l'Ancien, à un point où
on doit remettre en question le bien suprême qui l'habite. La question
centrale est donc: doit-on faire une lecture symbolique de l'Ancien Testament?
Doit-on ramener tous les passages controversés à la subjectivité
de leur auteur, en disant que c'est là leur propre vision de Yavhé,
en tant que "Dieu des montagnes", vengeur, jaloux et colérique?
Dieu ne se manifeste pas partout de façon amorale (c'est
à dire contraire à notre notion de justice nourrie du témoignage
du Christ). Dans l'Ancien Testament, Dieu est bien souvent le Dieu du pardon
et de la vie. Mais pour les passages choquants, oui, on peut en faire une
lecture allégorique, ça me semble souvent une bonne solution,
meilleure que de ne pas lire ce texte, et meilleure que d'intégrer
des crimes à notre conception de Dieu.
Il y a ce passage dans Faust où Méphistophélès
se plaint qu'il est le seul à s'occuper de l'humanité alors
que Dieu ne fait que la piétiner. L'Ancien Testament lui donne souvent
raison.
J'attend vos réponses. Amitiés,
Antoine
Amitiés
pasteur Marc Pernot