Nos bibles de famille
donnent parfois des « titres » à des passages du
texte pour souligner l’idée essentielle qu’ils contiennent.
Évidemment ces « titres » nous permettent de feuilleter
les pages en ne s’arrêtant qu’au paragraphe dont le
contenu nous est annoncé. C’est plus rapide et, avouons-le,
plus pratique. Mais, c’est très réducteur.
Le titre donné au Prologue de l’évangile
de Jean est, souvent, « La Parole faite chair ». Cet intitulé
met l’accent sur l’incarnation de la « Parole ».
C’est évidemment fondamental mais ne saurait résumer
ce texte du Prologue si dense et mystérieux.
Avant de chercher le message profond qui nous est présenté,
il convient de nous arrêter un instant sur le sens du mot «
Parole ». Il est la traduction un peu simple et littérale
du mot grec « Logos ». Mais le Prologue lui donne un sens
plus spécifique. Il marque l’idée de puissance de
la pensée qui devient créatrice par la conception, la
décision et la réalisation simultanées. La Vulgate
traduit par « Verbum » (Verbe), peut-être plus évocateur
de la création, car apparenté avec « vibration ».
Mais avouons qu’aucune traduction ne rend le sens
profond donné par Jean (ou ses disciples) au mot Logos. Alors,
pardonnez-moi de garder « La Parole », ce qui m’est
plus familier, bien que très imparfait.
Mais que nous dit le texte sur « La Parole »
? Un ouvrage paru dans les années 70, sous la plume d’Antoine
Lion, un dominicain, présente la structure du Prologue comme
étant bâtie sur une suite assez rigoureuse de « chiasmes
», ces figures de rhétorique qui, par symétrie,
mettent en relief une idée. À la manière d’un
bijou dont la pierre centrale de grande valeur est entourée de
deux pierres de moindre beauté, des idées mineures soulignent
le caractère majeur de l’affirmation centrale. Voici le
schéma de lecture proposé avec les versets se correspondant
deux à deux :
v. 1-2 La Parole et Dieu
v. 18 Le Fils et le Père
v. 3 Tout fut par lui
v.
17 La Grâce par lui
v. 4-5 La Lumière refusée
v.
16 La plénitude reçue
v. 6-8 Jean Baptiste
v.
15 Jean Baptiste
v. 9-11 La Parole vient v.
14 La Parole faite chair
v. 12-13 À ceux qui l’ont reçue…
Ainsi, l’idée centrale n’est pas «
la Parole a été faite chair », mais : « À
tous ceux qui l’ont reçue, elle a donné le pouvoir
de devenir enfants de Dieu, à tous ceux qui croient en son nom,
qui ne sont pas nés du sang, ni de la volonté de la chair,
ni de la volonté de l’homme, mais qui sont nés de
Dieu. »
Cette analyse m’enchante, elle souligne que l’accueil
de la Parole est indispensable, qu’il faut la recevoir (saisir,
accepter, comprendre, garder) par une démarche personnelle.
Mais comment « accueillir » la Lumière
? N’est-ce pas, tout simplement, faire la volonté du Père
? Aimer notre prochain comme nous-mêmes ? Jésus n’a-t-il
pas dit « Ma mère et mes frères, ce sont ceux qui
font la volonté du Père » ?
Le don de Dieu, message d’amour et de pardon, c’est
pour moi la promesse contenue dans ces deux versets centraux. Et cette
« re-naissance », c’est bien plus qu’une simple
réconciliation, c’est comme une véritable fusion
avec le Père.
Ainsi notre vision des choses, notre sensibilité,
nos valeurs sont radicalement modifiées. Notre comportement aussi.
On ne peut agir d’une façon qui nous dénaturerait.
Car nous savons que nous sommes. 
Jacques
Couton
Notaire à Nîmes