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Daniel Defoe s’est inspiré pour son récit de l’aventure authentique d’un marin écossais, Alexander Selkirk, qui vécut quatre ans sur l’île inhabitée de Juan Fernandez, au large des côtes chiliennes. Robinson Crusoé exprime les idées, les aspirations et les craintes des lecteurs qui l’ont découvert ; depuis le XVIIe siècle, un individu autosuffisant, actif, productif constituait un modèle culturel. Robinson pratiquait le commerce clandestin des Nègres ; pourquoi cet homme d’affaires ambitieux, banal et médiocre est-il devenu, pour des générations de lecteurs, un symbole, un mythe ? Sans doute parce que le lecteur ne retient que l’aventure, le mystère, l’île déserte, l’angoisse existentielle ; il découvre un homme obligé pendant de longues années à ne dialoguer qu’avec lui-même et à trouver, dans le travail et dans la foi, la force de vivre et de lutter victorieusement contre la mort. De nos jours, l’île déserte apparaît comme un endroit idéal, un petit paradis terrestre, un coin de la planète où persiste le souvenir d’une nature vierge et indomptée. C’est alors la quête des origines qui permet au lecteur de s’identifier au héros. Mais le roman, souvent classé à tort dans la littérature pour la jeunesse, est en réalité un ouvrage pour adultes, qui est d’abord le récit d’une conversion. Bernard Reymond montre ici l’importance du protestantisme dans ce récit, tout en soulignant que le protestantisme de Robinson est celui du Siècle des Lumières qui veut concilier foi et raison et faire place à la liberté de pensée. Bernard Reymond est professeur honoraire de théologie pratique
à l’Université de Lausanne. Il est spécialiste
des relations entre culture et foi chrétienne et auteur de
nombreux ouvrages. Marie-Noële et Jean-Luc Duchêne Le protestantisme de Robinson Crusoé
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Dessin de ciel des Tropiques dans le cahier de voyage de Hercule Florence, 1810. |
En amont de Robinson Crusoé, on repère bien sûr l’influence du Voyage du pèlerin (1678), le célèbre livre d’édification de John Bunyan qui a si profondément marqué non seulement la spiritualité puritaine anglo-saxonne, mais aussi de larges pans du protestantisme continental entre le dix-septième et le dix-neuvième siècle. Mais Defoe, c’est son originalité, a déployé ce modèle d’expérience spirituelle sur une épopée personnelle de longue durée : Robinson doit passer par toute une série d’aventures et surtout de mésaventures, dont la plus cruelle et la plus décourageante est l’expérience d’une solitude prolongée sur son île déserte, avec tous les dangers auxquels il se trouve ou se croit exposé, pour parvenir pour ainsi dire pas à pas à ce moment d’illumination qui, considéré sous cet angle, est l’un des moments culminants du roman. Les péripéties subséquentes deviennent alors autant d’occasions d’en tirer les conséquences ou la leçon.
Mais de quoi Robinson se repent-il ? Le schématisme de la démarche piétiste ou puritaine voudrait que ce soit de son péché. Sur la lancée du moralisme sexuel de jadis ou des actuelles théologies de la pauvreté, on s’attendrait à ce que Robinson se repente de débordements libidineux, d’un souci trop affiché de faire fortune ou de transactions financières plus ou moins frauduleuses. Or son comportement ne dénote rien de tel et lui-même ne manifeste jamais de regrets à cet égard. Son attitude envers les femmes est irréprochable et si, de retour dans son Angleterre natale, il n’en venait pas à se marier et à engendrer deux enfants, on se demanderait presque s’il est doté de sexualité. Il n’est ni buveur ni querelleur. Il est d’une parfaite correction en affaires. Le seul homme dont il trahit la confiance est le turc musulman dont il était devenu l’esclave ; mais dans la vision de l’époque, tous les moyens sont bons d’échapper à une condition pareille.
Quant aux esclaves africains à la traite desquels Robinson n’hésite pas à participer activement, les protestants du début du dix-huitième siècle n’y voient pour la plupart rien à redire ; nombre d’entre eux, par exemple les grands armateurs protestants du port de Bordeaux, engagent de fortes sommes dans ce commerce aussi lucratif que risqué (ils enregistrent de lourdes pertes par naufrage des bateaux négriers). En Amérique, on voit même de dignes pasteurs d’origine anglaise, mais aussi française ou suisse, acquérir des esclaves pour le service de leur maisonnée. Et au début de ses aventures, Robinson lui-même, en dépit des promesses qu’il lui a faites, ne voit aucun inconvénient à revendre le jeune esclave qui l’a aidé à échapper à son maître turc, à condition il est vrai qu’il soit rendu à la liberté au bout de dix ans s’il devient chrétien ( !) ; pas d’inconvénient non plus, de retour en Angleterre, à maintenir Vendredi dans la condition d’un serviteur, même s’il finit par saluer en lui un véritable ami.
Détail d'une photo de promotion d'étudiants dans une Université américaine, fin XIX e siècle, avec un esclave au premier plan.
Robinson ne regrette finalement qu’une chose : de n’avoir pas prêté attention aux conseils de son père qui l’avait mis en garde contre les entreprises hasardeuses et les aventures inconsidérées, et lui avait recommandé de se contenter prudemment de la médiocrité de son état. Dans la perspective du roman, son père n’aurait en revanche rien eu à redire s’il avait appris que, une fois arrivé au Brésil après bien des mésaventures, Robinson avait réussi à se faire une situation enviable de planteur. Ou si l’opération de traite des noirs au cours de laquelle son bateau se perdit corps et biens avait réussi et avait contribué à augmenter son capital.
Non, le regret de Robinson et la détresse qui le ramènent finalement à Dieu, c’est tout bonnement de se retrouver démuni et solitaire sur son île, livré à tous les dangers réels ou imaginaires. Et quand il se retrouve devant les fortes sommes d’argent qui ont échappé au naufrage, il rit de ce numéraire maintenant sans usage, mais sans s’en débarrasser pour autant : le jour où il peut enfin réchapper de son île, il ne manque pas d’en prendre une partie avec lui pour faire face aux imprévus. Robinson n’implore l’aide et la miséricorde de Dieu qu’en raison de sa solitude, de son abandon et de son sentiment de détresse. Son « péché » n’est donc à ses yeux que de n’avoir pas assez écouté les conseils paternels – un péché plutôt léger qui n’aurait pas de quoi retenir notre attention s’il n’était l’un des moteurs de l’intrigue romanesque.
Robinson, donc, ne cesse d’être en proie à sa passion des voyages. C’est elle qui l’expose à tant de mésaventures et de dangers. Et c’est elle qui le conduit à revenir sans cesse sur le thème de la Providence divine. Cette expression a souvent disparu du vocabulaire en usage actuellement en catéchèse ou en prédication protestantes, mais elle était très fréquente non seulement dans le discours protestant des dix-septième et dix-huitième siècles, mais aussi dans celui des réformateurs. Luther, Zwingli, Calvin ne manquent pas de se demander si Dieu a vraiment tout prévu, dans l’ordre général de la création comme dans l’ordre particulier des existences individuelles – un problème insoluble parce qu’il est humainement indécidable. Robinson, à un certain moment, ne manque pas de se le poser le plus objectivement possible : « Si Dieu a fait toutes choses, il les guide et les gouverne toutes, ainsi que tout ce qui les concerne ; car l’Être qui a pu engendrer toutes ces choses doit certainement avoir la puissance de les conduire et de les diriger. S’il en est ainsi, rien ne peut arriver sans qu’il le sache, il sait que je suis ici dans une affreuse condition ; et si rien n’arrive sans son ordre, il a ordonné que tout ceci m’advint. »
Illustration pour une édition populaire de Robinson de 1917, destinée aux troupes américaines en guerre.
Or s’il se tient à lui-même ce discours sur la Providence que les théologiens appellent « générale », c’est surtout pour se donner du courage. Tout au long du roman, la Providence qui l’intéresse est avant tout celle que les théologiens qualifient de « spéciale » ou de « subjective ». Elle tient à la conviction que Dieu, envers et contre tout, veille sur lui et finira par tout faire tourner à son avantage. C’est ce qui ressort de l’inventaire que Robinson dresse de sa propre situation avant même de se « convertir » : « Je suis jeté sur une île horrible et désolée, sans aucun espoir de délivrance. // Mais je suis vivant ; je n’ai pas été noyé comme le furent tous mes compagnons de voyage… Je n’ai pas une seule âme à qui parler, ou qui puisse me consoler. // Mais Dieu, par un prodige, a envoyé le vaisseau assez près du rivage pour que je pusse en tirer tout ce qui m’était nécessaire… »
Tous n’ont pas cette chance, par exemple les matelots qui, eux, n’ont pas échappé au naufrage. Mais Defoe, dont la vie est elle-même un véritable roman, en particulier sous l’angle de ses engagements politiques, avait toujours fini par réchapper des situations les plus compromises. De plus, c’est un esprit éclairé qui partage l’optimisme de son siècle. La Providence divine, quand elle s’en mêle, doit bien finir par tout arranger, comme dans la théorie libérale de la « Main invisible ».
Les lecteurs de l’époque doivent avoir été sensibles à cet optimisme foncier qui se dégage du personnage de Robinson et de ses aventures. Mais ni le thème de la Providence divine, qu’elle soit spéciale ou générale, ni son articulation à une démarche de conversion n’eussent suffi à assurer le succès de son roman. Les critiques sont dans l’ensemble d’accord pour mettre en évidence à cet égard un autre aspect non moins protestant de cette œuvre : Robinson n’est ni un Ulysse, ni non plus un Faust ou un don Quichotte. Il n’appartient pas au monde des héros ni à celui des gloires nationales. Comme l’a remarqué Alexandre Vinet dans le long article qu’il lui a consacré en 1844 dans Le Semeur, qui était à ce moment-là une importante revue culturelle du protestantisme français, Robinson est « un homme quelconque » : « Ses instincts moraux ne sont ni très mauvais ni très bons ; sa moralité est celle de tout le monde ; ses penchants sont ceux de son âge, ses idées celles de sa classe et de son siècle. »
Illustration pour une édition populaire de Robinson de 1917, destinée aux troupes américaines en guerre.
Mieux encore (mais cela, Vinet ne l’a pas remarqué), Robinson est un représentant typique d’un nouveau type d’homme : celui du protestant individualiste qui doit ce qu’il est à ses initiatives et à son activité – un protestant du dix-huitième siècle qui voit dans le travail non une punition, mais le sens même de sa vocation humaine, et qui n’hésite pas à valoriser les aspects économiques de l’existence. « Robinson Crusoé, écrit le critique anglais Ian Watt, est le symbole d’un processus allant de pair avec la montée de l’individualisme économique. La valorisation du mobile économique entraîne une dévalorisation des autres façons de penser, de ressentir et d’agir ; les diverses formes de relations propres aux groupes traditionnels – la famille, la corporation, le village, le sentiment national – toutes s’en trouvent affaiblies. » Or cet être dégagé de ses attaches traditionnelles et libre d’aller dans le monde pour y nouer les contacts qu’implique son activité professionnelle – cet être-là est le type d’homme « quelconque » dans lequel se sont reconnus les lecteurs du dix-huitième siècle.
Ils l’ont fait d’autant plus volontiers que Robinson est fiable en affaires. Il respecte profondément les personnes auxquelles il a par exemple confié des capitaux, qui les ont gardés ou même gérés en son absence et ont ainsi pleinement justifié sa confiance. Et puis surtout, une fois seul sur son île, son ingéniosité et son acharnement au travail mettent pleinement en évidence la valeur de l’individu qui, dans ce cas, ne peut compter que sur lui-même. Ian Watt remarque que Robinson ne se laisse pas aller à l’indolence ou à la paresse, quand bien même son île, paradisiaque sous certains aspects, pourrait lui en donner l’occasion. Il reconduit à la lettre la condition d’Adam placé par Dieu dans le jardin d’Eden, non pour y musarder, mais « pour le cultiver et le garder » (Genèse 2,15). Le travail, avec tout ce qu’il peut représenter d’industrieux dans la situation du naufragé Robinson, est la dignité même de l’être humain, sa manière la plus noble de répondre à la vocation que Dieu lui adresse par les mille et un signes de sa Providence. À chaque être humain, alors, de savoir les déchiffrer et d’en rendre grâce à son Créateur par ses prières comme par l’ensemble de son comportement.
Avant le roman de Defoe, les héros de la littérature tant profane que religieuse étaient quasiment toujours des êtres d’exception, des hommes ou des femmes dont les hauts faits, l’intelligence le courage, la sainteté, l’abnégation ou même l’excès de fourberie étaient hors d’atteinte pour le commun des mortels. Avec Robinson, au contraire, on a désormais affaire à un individu tout à fait moyen, sans vertus particulières, mais qui se montre capable, grâce aux vestiges de civilisation dont il dispose et qu’il s’ingénie à remettre en place, de survivre à la pire des solitudes. Il le fait sans redevenir un « sauvage », mais en restant pleinement « civilisé ». Or, pour les protestants du dix-huitième siècle, le christianisme bien compris – le leur ! – va de pair avec la civilisation.
Travail, réussite dans les affaires, bonne gestion d’un capital, honnêteté dans les relations avec autrui, juste conduite de son existence quotidienne : bien des gens trouvent de bon ton, aujourd’hui, de sourire de la valeur que les protestants d’hier attachaient à ces aspects de notre existence terrestre. La lecture de Robinson Crusoé est pour le moins une invitation à nous demander si ces sourires empreints de je ne sais quel sentiment de supériorité sont de mise. Car enfin, ce n’est un tort ni un travers de vouloir travailler, de réussir en affaire, de savoir gérer un capital, de se montrer honnête et véridique envers son prochain, de bien conduire son existence quotidienne. Ce l’est d’autant moins que cela n’a jamais empêché personne de s’adonner à l’amour et au service du prochain.
Protestant, Robinson l’est encore nettement par d’autres aspects de son comportement, même s’il l’est de part en part à la manière de son siècle, si déconcertante à nos yeux quand il semble n’avoir aucun scrupule ni objection envers le fait même de l’esclavage. Si ce roman est celui d’une conversion, s’il ne cesse de faire large place au thème de la Providence divine, nulle part ces composantes si spécifiquement religieuses de l’existence ne se combinent avec quelque tendance au cléricalisme que ce soit. Jamais Robinson n’éprouve le besoin de se confier à un pasteur ou à un prêtre. La seule fois qu’il a recours à l’un d’eux, en l’occurrence un prêtre catholique romain, c’est lors de son second voyage sur son île, pour régulariser le mariage de l’un des marins qui s’y sont établis, afin que l’intéressé prenne avec tout le sérieux voulu son union avec une aborigène. L’acte, bien sûr, revêt un aspect religieux par le seul fait de recourir à un prêtre ; mais dans la perspective anglaise de l’époque, la présence d’un ecclésiastique sert surtout à officialiser l’affaire, à lui conférer un caractère légal et contractuel : ce sont les ecclésiastiques qui tiennent les registres de ce que nous appelons l’état civil.
Robinson ne semble pas non plus éprouver jamais le besoin de se rattacher à une Église instituée ou d’en fréquenter les manifestations. Il est en cela le digne fils de son auteur : Daniel Defoe est resté toute sa vie un « non conformiste », au sens anglais de cette expression ; c’est sa relation personnelle avec son Créateur qui lui importait, sans avoir besoin de la médiation d’une institution plus ou moins cléricale dans son esprit comme dans son fonctionnement. Robinson est lui aussi un de ces protestants qui sont à eux-mêmes leur propre prêtre, et un pasteur ne peut dans le meilleur des cas que les aider à l’être mieux encore. Pour le reste, il lit sa Bible et le fait dans le souci d’y trouver les paroles au travers desquelles il a le sentiment que Dieu s’adresse à lui. Mais il le fait toujours avec discernement, conscient de la nécessité de se montrer responsable de ses choix comme de ses actes. Dans le Journal de l’année de la peste, Defoe définit ainsi ce qu’il qualifie de « gouverne de la conduite à tenir » : « … bien observer toutes les interventions particulières de la Providence à un moment donné et les examiner dans l’ensemble des rapports qui les relient entre elles et qui les relient à la question qui se pose. » Comme lui, Robinson est un croyant, mais un croyant qui réfléchit et sait devoir faire tout l’usage voulu de l’intelligence et de la raison dont Dieu l’a doté.
Les lecteurs attentifs remarquent parfois une curieuse absence dans un roman aussi typiquement protestant : on y rencontre des prêtres catholiques romains, voire des prêtres orthodoxes russes, mais aucun pasteur ! Sur les prêtres orthodoxes, le jugement de Daniel Defoe est sans appel : ils sont superstitieux et idolâtres. Mais il n’en parle que de seconde main, sur la foi de ce qu’il a lu chez d’autres auteurs ayant raconté leurs voyages en Moscovie ; ce n’est pas très sérieux. En revanche, quand on sait avec quelle constance Defoe a lutté contre tout retour du catholicisme en Grande Bretagne ou a dénoncé les dérives catholicisantes de l’anglicanisme, on n’en est que plus surpris de voir Robinson témoigner autant de respect et presque d’amitié envers deux prêtres catholiques rencontrés, l’un lors de son second voyage vers les Indes orientales, l’autre lors de sa traversée de la Chine. Defoe prête même à l’un d’eux de longs discours dont on se demande où il en a trouvé le modèle. Or dans les deux cas, Robinson a affaire à des hommes qui sont en définitive des modèles de tolérance, surtout si l’on tient compte de la confession à laquelle ils appartiennent et des obligations que leur état ecclésiastique devrait normalement leur imposer. Ils se signalent par leur humanité, leur ouverture d’esprit, leur absence de fanatisme. Aux yeux de Defoe, ils sont finalement chrétiens en dépit de leur catholicisme, et c’est sa conception protestante du christianisme qui sert ici de pierre de touche.
Mais tous les protestantismes ne se valent pas. En bon élève de la tradition puritaine, Defoe sait que, au sein même du protestantisme, l’exigence protestante n’est jamais une cause définitivement gagnée. Sous sa plume, le luthéranisme de Saxe a droit à des critiques particulièrement désobligeantes, tout comme celui du Danemark : ce sont à ses yeux des formes trop conventionnelles et trop ritualisées de protestantisme, trop liées à l’institution royale ou princière dont elles partagent le goût pour les cérémoniels extérieurs et sans réelle spiritualité. Le roman de Daniel Defoe se situe ainsi dans le contexte d’un protestantisme qui, au dix-huitième siècle, devient vivement conscient de la nécessité de devenir un protestantisme éclairé – un protestantisme du Siècle des Lumières qui mise sur les convergences de la raison et de la foi. Ce sont les débuts du « néoprotestantisme », comme les théologiens aiment à le désigner, c’est-à-dire d’un protestantisme qui n’hésite pas à courir les risques de la liberté – liberté de la foi aussi bien que dans la foi, mais aussi liberté d’entreprendre, de penser, de commercer, de publier – une liberté assumée d’autant plus résolument que, avec l’ensemble de la pensée libérale en train de prendre son essor, ce protestantisme-là compte sur la providentialité de la « Main invisible » qui, il en est persuadé, gère finalement toutes choses.
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par Bernard Reymond
Professeur émérite de la Faculté de théologie de Lausanne, Pully
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