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Évangile et liberté

Quelques bonnes pages
( Numéro 186 - Févier 2005 )

 

Le refus du baptême des enfants ne vient-il pas de ce qu’on en s’en fait une conception sacrale et magique ? Pour un chrétien évangélique et libéral, les rites (dont les sacrements font partie) n’ont pas d’autre fonction que d’aider les gens à vivre et à s’exprimer. Dans cette perspective, les règles et restrictions que voudraient imposer les Églises apparaissent en porte à faux.

Pourquoi baptiser les enfants ?

Respect de la liberté

Certains rejettent un rite qui enferme de force des êtres inconscients dans une organisation dont ils ne peuvent plus sortir. Le « caractère indélébile » du sacrement catholique romain détermine une vie d’enfant sans qu’il le sache.

L’être humain, qui vit en société, a besoin de rites qui apportent sécurisation et point d’appui.

Nous comprenons les refus de ce « sacrement », et les approuvons si l’on voit dans le sacrement du baptême un acte qui viole une liberté fondamentale de l’être humain. Ce genre d’affirmation dogmatique éloigne les familles loin des Églises.

Péché originel et magie.

Quel est le sens réel du baptême ? Le pouvoir « magique » du rite est-il évangélique ? La théologie dogmatique catholique et protestante fondamentaliste affirme la nécessité de la purification du « péché originel » pour être sauvé. L’Évangile ne paraît pas connaître ce dogme de la condamnation par Dieu de tout homme issu d’un seul ancêtre, Adam. Y a-t-il eu au commencement de l’humanité un seul couple, Adam et Ève, dont tous les hommes seraient issus ? Tout petit être humain qui naît serait-il condamné par Dieu ? Le péché de l’ancêtre condamnerait-il irrémédiablement tous les descendants ? Quel Dieu et quelle éthique !

Pour cette dogmatique il suffirait pourtant qu’un être humain (croyant ou incroyant, chrétien ou non, mais pourvu de « l’intégrité de son corps ») prononce une formule en versant un peu d’eau sur l’enfant ou l’adulte (la concomitance des paroles et de l’acte est indispensable sous peine de nullité) pour donner à l’instant même le salut éternel. L’Église catholique procède parfois à un re-baptême au cas où ces règles n’auraient pas été parfaitement respectées (« baptême sous condition »). Une princesse des Pays-Bas a été baptisée à nouveau à Rome, il y a quelques années. On com-prend que cette casuistique suscite bien des réserves.

Significations du baptême

D’après le Nouveau Testament le baptême, célébré dans des familles ou communautés chrétiennes, est donné « au nom de Jésus » (formule rapportée plusieurs fois dans le livre des Actes).

Nous pouvons découvrir trois significations (actions symboliques qui font signe) :

1) L’annonce de l’amour de Dieu donne pardon et blanchiment à ceux qui le reçoivent. Ce pardon et ce blanchiment sont le cœur de l’Évangile. Comme les religions grecques (religions à mystères, Lac d’Eleusis) Jésus a prêché et vécu une religion de « salut ».

2) La marque de l’amour de Dieu sur « tout être venant au monde » ressemble à la manière dont on marque les moutons lors de la transhumance. « Baptiser » dans la langue populaire grecque au temps de Jésus signifie « posséder », acquérir, acheter. Le baptisé est propriété de Dieu.

3) L’esprit de Dieu est constamment versé sur nous pour renouveler les forces de notre foi.

Le baptême n’est pas un acte magique (opus operatum) mais un signe.

Calvin disait des sacrements qu’ils étaient des « béquilles » pour permettre de marcher sur le chemin de la foi. Luther, assailli par les tentations du Diable, se répétait : « Je suis baptisé, je suis baptisé. » Il trouvait dans ce rappel une force de confiance. L’être humain, qui vit en société, a besoin de rites qui apportent sécurisation et point d’appui.

Unité spirituelle de la famille

Les écrits du Nouveau Testament confirment l’unité spirituelle de la famille. Aux Corinthiens, l’apôtre Paul écrit « Vos enfants sont saints », c’est-à-dire sanctifiés par la foi d’un de leurs parents (1 Co 7,14). Le livre des Actes raconte le baptême de familles entières sur la foi d’un membre de la famille. La « joie complète » que Jésus donne isolerait-elle le croyant de ses enfants ? Pourquoi les enfants ne recevraient-ils pas le signe de l’amour de Dieu ?

Exclusions et Évangile

Contrairement à la théologie dite « classique », il faut noter que, selon l’Évangile, le baptême n’a pas le caractère obligatoire et indispensable qu’on lui reconnaît souvent. Jésus de Nazareth semble ne pas avoir baptisé (Jn 4,2). Le Dieu que Jésus nous a fait connaître n’a pas besoin du baptême effectué par les hommes pour nous aimer et nous sauver. L’apôtre Paul écrit aux Corinthiens qu’il n’a pas été envoyé « pour baptiser mais pour annoncer l’Évangile » (1 Co 1,17). L’annonce de l’Évangile et la vie selon l’esprit priment le rite. A-t-on raison d’exiger le baptême pour être membre d’une Église ? Nous connaissons des chrétiens remarquables qui n’ont pas été baptisés : salutistes, Quakers, mem-bres de communautés non sacramentelles, chrétiens hors des institutions ecclésiastiques.

Rites et Évangile

Le « salut par la foi » n’est pas conditionné par l’administration d’un rite qui ferait passer l’être humain en un instant de l’Enfer (ou Nimbes ou Purgatoire) au Paradis éternel. Dans la tradition protestante libérale, ne pouvons-nous pas revendiquer la liberté de cette conviction : c’est la foi qui constitue le croyant chrétien ? Dieu n’a pas besoin de rites, mais nous avons besoin de signes. Les sociétés athées en inventent : stalinisme, baptêmes républicains par le maire. Célébrer un baptême est une joie mais non une contrainte. L’Évangile se vit dans la liberté. Les rites des hommes viennent en aide aux fragilités humaines. Ne manquons pas de prendre au sérieux tout ce qui peut fortifier notre foi en Dieu et dans les hommes.

Baptême : Parents et Église.

Une foi et une Église ont besoin de cérémonies symboliques. Vouloir s’en passer relève d’une utopie qui ne prend pas en compte les réalités concrètes et l’existence humaine. Si jamais on réussissait à les supprimer, des conséquences fâcheuses s’ensuivraient. Ce constat n’autorise nullement à leur accorder une valeur excessive en les sacralisant. Elles correspondent à notre condition humaine, et ne s’enracinent pas dans l’être de Dieu.»

André Gounelle,
Le baptême,
Paris, Les Bergers et les Mages, 1996.

Ces temps derniers, on a insisté sur l’importance des engagements pris par les parents des petits enfants au moment de leur baptême pour un enseignement et une éducation évangéliques, et sur l’importance de l’engagement de l’Église pour accueillir le baptisé et lui assurer aide pour cette instruction et accompagnement. Cette prise de conscience est bonne à préciser.

Les engagements que les parents sont invités à prendre doivent-ils être occasion ou justification à refuser le baptême si les parents ne sont pas suffisamment impliqués dans les activités de l’Église ? Nous croyons, au contraire, que si la demande de baptême est sincère et loyale, il n’y a pas lieu de refuser un accueil de l’Église, les prises de positions personnelles étant en constante évolution.

Est-ce que la cérémonie du baptême des enfants doit avoir lieu nécessairement dans un temple et au cours d’une cérémonie cultuelle dominicale ? L’ecclésiologie, issue du barthisme, du siècle dernier y pousse fortement. Mais les cérémonies de baptême des enfants s’insèrent souvent mal dans un culte pour tous. La célébration dans un cadre familial, ancestral ou historique (Musée du Désert, par exemple) peut revêtir une signification forte pour les participants et, plus tard, pour le baptisé. Au vu des réflexions précédentes, il nous semble que nous devrions éviter de légiférer en la matière comme on le fait parfois avec une rigueur qui décourage les « modestes de la foi ».

 

Le baptême est essentiellement le signe de l’accueil et de la bénédiction de Dieu sur ses enfants. feuille

Christian Mazel
Pasteur de l'Eglise Réformée de France, ex-dir.-rédac. chef Évangile & liberté

PS : Les baptêmes d’un pasteur mutilé de guerre, ayant perdu un bras ont été considérés comme non valides, à cause de « l’intégrité de la personne ». Cette invalidation avait été décrétée pour stopper, à une certaine période de l’histoire de l’Église, les mutilations sexuelles que s’imposaient certains chrétiens.

Les baptêmes par famille sont mentionnés : Ac 10,48 (Corneille et ceux qui écoutent la parole), Ac 16,15 (Lydie), Ac 16,33 (geôlier de Philippe), Ac 18,8 (Cristus et sa famille), 1 Co 1,16 (Stéphanas)

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