Revue de Presse
(articles publiés à l'occasion du bicentenaire de l'Oratoire du Louvre comme temple protestant)
Articles dans La Croix, Témoignage Chrétien, Réforme, Évangile et liberté, Napolonia, Paroles protestantes
La Croix N°39097 du 13 octobre 2011 -
« L’Oratoire du Louvre, navire amiral
du protestantisme libéral »
Fleuron du protestantisme libéral, le temple de l’Oratoire du Louvre célèbre cette année son bicentenaire.
Très présente sur Internet, la paroisse voit affluer de nouveaux fidèles ces dernières années.
Ce dimanche 2 octobre, c’est une jeune pasteure en toge académique noire éclairée d’un rabat blanc et de ses longs cheveux blonds qui prêche du haut de la chaire de l’ Oratoire du Louvre. « Dieu veut en face de lui des êtres différenciés, et non des clones. Ce qui l’intéresse, c’est chacun de nous dans sa particularité », lance-t-elle à l’assemblée en commentant le récit de la Tour de Babel.
Sans doute l’ignore-t-elle, ce dimanche 2 octobre est aussi l’anniversaire de la mort du cardinal Pierre de Bérulle. Ironie de l’histoire. Lorsqu’il fonde, en 1611, la congrégation de l’Oratoire de France, ce dernier n’a qu’une idée : mieux former les prêtres afin de lutter contre l’influence du protestantisme. Très vite, la Cour se presse dans la chapelle royale édifiée à quelques pas du Louvre pour écouter les brillants sermons des oratoriens.
Or, c’est cette même chapelle, pillée par la Révolution, que Napoléon va affecter au culte protestant en 1811. Deux cents ans plus tard, la maison mère de la Contre-Réforme est devenue le fleuron du protestantisme libéral, tout en conservant l’appellation initiale…
Une histoire liée à celle du mouvement « libéral »
Ce n’est qu’au terme de débats théologiques passionnés au XIXe siècle que le libéralisme s’impose à l’Oratoire, relate Philippe Braunstein, historien et paroissien de l’Oratoire. « Dès les années 1830-1840, ce courant, qui se présente comme l’héritier des Lumières en voulant associer foi et raison et en refusant d’enfermer Dieu dans un quelconque dogme, s’oppose aux “orthodoxes” ou “évangéliques”, qui veulent donner à la foi un cadre plus vigoureux ».
Les premiers pasteurs du temple de l’Oratoire, Paul-Henri Marron ou Jean Monod sont de fervents avocats de ce courant « rationaliste » qui encourage l’étude historico-critique de la Bible. C’est finalement en 1882, au moment où les paroisses réformées sont créées dans Paris, que les candidats libéraux emportent les élections presbytérales de l’Oratoire.
Depuis, l’histoire du temple est intimement liée au protestantisme libéral. Deux de ses pasteurs, Laurent Gagnebin dans les années 1960-1970 et aujourd’hui James Woody, sont les fers de lance du mouvement Évangile et liberté, qui se veut un contrepoids aux « crispations identitaires » et aux « replis confessionnels ».
À l’inverse, la théologie libérale ne se limite pas à la seule paroisse de l’Oratoire. Les facultés de théologie protestante sont elles aussi à la pointe de ce courant. Et une majorité des protestants réformés se disent aujourd’hui proches de cette sensibilité, sans doute moins radicale qu’il y a un siècle. « Face à de nouvelles formes de réveil, les évangéliques en particulier, le libéralisme conserve une grande pertinence », avance Philippe Braunstein.
« Aider les paroissiens à penser par eux-mêmes »
« La vérité s’exprime pour nous dans le pluralisme religieux et théologique. On ne demande pas à nos paroissiens de passer sous les fourches caudines de certains dogmes ou positions doctrinales, explique, un brin provocateur, le pasteur James Woody, 39 ans. Notre travail est plutôt de découvrir avec eux la place que Dieu prend dans le cheminement personnel. Les aider à penser par eux-mêmes. Leur apporter d’autres questions… Tout doit passer au crible de la critique », résume-t-il.
« Nous n’adhérons pas à une règle de doctrine, mais à une méthode », complète son confrère à l’Oratoire, Marc Pernot. « Parmi nos paroissiens, certains croient que Jésus a marché physiquement sur l’eau et d’autres pensent que c’est simplement une image… Peu importe. Ce qui nous réunit, c’est un intérêt pour Jésus-Christ et un effort pour avancer dans la liberté. »
C’est dans cette optique que les deux pasteurs ont choisi d’animer à deux voix un cycle d’initiation à la théologie : « Il nous semble important que les paroissiens entendent deux points de vue différents, explique James Woody. Il n’y a pas une parole unique, ils ont à chercher la leur propre. »
Importance du site Internet
Paroissien de l’Oratoire depuis dix ans, François Lerch, retraité, dit apprécier « la réflexion personnelle que chacun est amené à faire » : « Ce n’est pas le dogme ni le rituel qui comptent. Ici, on est dans le questionnement permanent et la plus grande liberté. Sans jugement. » « J’apprécie pour ma part l’importance accordée à l’étude historique de la Bible », ajoute Jean-Claude Hureau, qui fut pendant trente ans le bras droit du naturaliste Théodore Monod.
Si les tribunes construites dans les anciennes chapelles latérales au XIXe siècle, du temps de l’âge d’or de l’Oratoire, sont aujourd’hui vides, la paroisse reste dynamique. Ce dimanche, près de 180 paroissiens assistent au culte, une cinquantaine d’enfants participent à l’école du dimanche. Il y a bien sûr les Monod et autres grands noms qui ont fait l’histoire de l’Oratoire, mais aussi, pour la moitié, des paroissiens plus récents.
Depuis cinq ans, le temple enregistre 15 baptêmes d’adultes par an. Un renouveau dû, en grande partie, au site Internet développé par Marc Pernot, ingénieur de formation. Convaincu de « l’affinité profonde entre Internet et la théologie protestante », il consacre trois heures par jour à répondre aux questions des internautes. Parmi ses interlocuteurs, beaucoup de jeunes issus de familles athées.
C’est le cas de Frédérique H., enseignante de 29 ans. « Comme ma quête spirituelle était quelque chose d’extrêmement intime et d’impensable dans ma famille, je n’osais pas en parler autour de moi. Ce qui m’a plu sur le blog de l’Oratoire, c’est la grande liberté de ton, le débat d’idées. » Frédérique fréquente depuis deux ans la paroisse, mais, farouchement indépendante, précise : « Je suis arrivée comme un électron libre et je le reste. »
CÉLINE HOYEAU
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Témoignage Chrétien du 13 octobre 2011 -
« Les libéraux de l’Oratoire »
Haut lieu du protestantisme libéral, le Temple de l’Oratoire de Paris fête son bicentenaire. Retour sur une tradition chrétienne discrète mais bien ancrée.
Édifié en 1621 à côté du Palais, berceau de la famille spirituelle des Oratoriens, l’Oratoire du Louvre a été la chapelle royale de Louis XIII et Louis XIV. Napoléon le confie en 1811 à l’Église réformée. Depuis 1889, une statue de l’amiral de Coligny, leader huguenot victime du massacre de la Saint-Barthélémy, orne la façade du Temple.
De la Contre-réforme catholique du XVIIe à aujourd’hui, Marc Pernot, un des deux pasteurs du lieu, établit un lien étonnant. « Bérulle et les Oratoriens insistaient sur la prédication, la formation théologique des prêtres et des laïcs, le dialogue avec la culture du temps. Bref, ils reprenaient pour le compte des catholiques les revendications protestantes. Une contre-réforme intelligente, en quelque sorte. »
Aujourd’hui, la paroisse réformée organise même une étude biblique commune avec les Oratoriens de Saint-Eustache, paroisse catholique du centre de Paris.
MYSTIQUE
Dès ses débuts, le lieu déborde de sa fonction cultuelle pour développer des œuvres : foyer de jeunes travailleurs, bourses pour étudiants nécessiteux, activités de jeunesse (patronage, scoutisme, sport) et écoles (pour soustraire les enfants au catéchisme catholique obligatoire). Au cœur du XIXe siècle, l’Oratoire du Louvre devient un des hauts lieux du protestantisme libéral français.
Dans l’ouvrage remarquable consacré à l’anniversaire du lieu (1), le pasteur Raphaël Picon présente cette tradition influente dans le monde luthéro-réformé français, notamment à travers l’Institut protestant de théologie de Paris : usage de la raison, refus de l’esprit d’orthodoxie, pratique de la critique, mise en avant de l’individu et « lutte contre tout ce qui prétend enfermer Dieu dans un dogme, une image, une confession. Toute expression religieuse, qu’elle soit dogmatique ou liturgique, reste relative et ne peut pas d’elle-même nous conduire au divin. »
Autre figure libérale actuelle, le pasteur Laurent Gagnebin parle quant à lui de « purification doctrinale » et invoque l’abandon de la rédemption et de l’enfer…
Pensant qu’une telle approche peut flirter avec une « forme d’humanisme sans dogme voire parfois sans Dieu », Marc Pernot précise que le Temple de la rue de Rivoli se situe dans un libéralisme moins extrême. « À l’Oratoire du Louvre, nous acceptons les choix spirituels et les recherches de foi de chacun. Chez nous, certains croient aux miracles de l’Évangile et d’autres les tiennent pour des récits symboliques. »
Une telle communauté peut-elle être unie ? « Notre point commun tient dans la démarche, dans l’intérêt pour Jésus, dans l’étude de la Bible et dans une recherche personnelle. Chacun doit respecter les positions (si elle sont respectables) de l’autre. »
PRIÈRES
Ainsi, dans la prédication, le pasteur est libre de sa parole – à la condition non négligeable de donner un témoignage de foi – et les fidèles ne sont pas tenus d’adhérer. « L’essentiel est dans le questionnement, résume le pasteur Pernot. Contrairement à d’autres paroisses libérales pour qui la prédication confine à la conférence intellectuelle, nous proposons une lecture spirituelle, voire mystique, de la Bible. »
On vient de toute l’Île-de-France pour assister aux cultes de l’Oratoire. L’étonnant cocktail formé par la diversité théologique et l’exigence de l’affirmation croyante attire près de 250 personnes chaque dimanche. Le nombre de baptêmes d’adultes augmente régulièrement, sans toutefois atteindre les chiffres de la mouvance évangélique.
Et près de 500 personnes visionnent chaque jour sur Internet les prédications. « Il y a quelques années, j’ai créé un espace “prière” sur le site. Pour voir, raconte Marc Pernot. Les paroissiens redemandent de nouveaux textes, alors que, chez nous, la prière est traditionnellement plutôt secrète et personnelle. » Et si l’Oratoire avait trouvé le bon compromis entre libéralisme et quête spirituelle ?
(1) L’Oratoire du Louvre et les protestants parisiens,
Philippe Braunstein, éd. Labor et Fides, 347 p., 25 €
Bicentenaire de l’Oratoire du Louvre les 14 et 15 octobre : une conférence historique, deux tables-ronde – « La diversité théologique dans le protestantisme aujourd’hui » et « Présence des protestants dans la cité » –, deux expositions et un concert (Bach, bien sûr). Rens. : 01 42 62 21 64 ou oratoiredulouvre.fr
Par Philippe Clanché
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Réforme N°3435
du 13 octobre 2011
« Diversité et unité »
BICENTENAIRE DE LORATOIRE DU LOUVRE
La Réforme à Paris
Il y a deux cents ans, Napoléon Bonaparte dédiait l'église de l'Oratoire au culte réformé. L'occasion de retracer l'histoire des débats théologiques qui ont émaillé le XIXe et le XXe siècle. Mais aussi de dessiner les contours d'une famille protestante aujourd'hui recomposée. P.8 À 10
THÉOLOGIE. Où en sont les vieilles querelles ? Le protestantisme vit toujours de sa pluralité théologique. Mais l'écologie et l'interreligeux ouvrent de nouveaux champs de réflexion et de débats.
Par tradition, le protestantisme aime, dit-on, le débat, du moins il le revendique. Alors de quoi débat-il en 2011 ? Y a-t-il de nouveaux questionnements face à la marche du monde? Face à une institution romaine, souvent arc-boutée sur son magistère, les milieux protestants cultivent leur différence, leur pluralité justement, ligne force de leur identité. Cette dimension plurielle est constitutive même du protestantisme, propre à son origine, comme le remarquent les sociologues Sébastien Fath et Jean-Paul Willaime (voir page 10).
Dans cette configuration, le protestantisme français a ses propres caractéristiques. Sortant à peine de la clandestinité, il se reconstruit au début du XIX' siècle. À Paris, il relève et crée des paroisses, comme celle de l'Oratoire, à deux pas du Louvre, qui célèbre avec prestige, ces jours-ci, ses deux cents ans. À sa renaissance, il se structure durablement autour de l'opposition entre libéraux et évangéliques. La paroisse de l'Oratoire, à l'identité forte, sera l'un des haut lieux du libéralisme.
Une question herméneutique
Les termes des débats d'alors sont bien connus: le dogme de la Trinité ou la figure du Christ, par exemple. Autant de questions qui agitèrent déjà les premiers siècles du christianisme, tranchées quand il a construit son orthodoxie doctrinale. Au XIXe siècle, l'approche nouvelle de la Bible, l'émergence de l'exégèse historico-critique et les avancées de l'archéologie biblique firent que l'on reprit à frais nouveaux ces questions.
C'est sur l'herméneutique que se joue encore et toujours en 2011 les différences et la pluralité théologique. « Comment arrive-t-on à des conclusions opposées, par exemple sur les questions bioéthiques, alors que l'on s'appuie sur le même texte, la Bible ? », interroge ainsi l'exégète baptiste Valérie Duval-Poujol, présidente de la commission oecuménique de la Fédération protestante de France (FPF).
Paradoxalement, si le protestantisme français est encore marqué par ces oppositions entre libéraux et évangéliques, il ne se déchire pas irrémédiablement. À preuve, le peu d'impact qu'a eu le créationnisme dans l'Hexagone, même dans les rangs évangéliques. Divers et pluriel, sûrement. Mais un protestantisme aussi qui se cherche d'une certaine manière un centre et qui, apparemment, l'a trouvé.
« Les débats sont apaisés », estime ainsi Christophe Paya, professeur de théologie dogmatique à la faculté évangélique de Vaux, lui-même « libriste ». « Aujourd'hui, il n'y a plus de graves conflits doctrinaux», pointe de son côté Raphaël Picon, théologien libéral, doyen de la faculté de théologie protestante. D'une certaine façon, chacun a pris acte des positions de l'autre, une sorte finalement de consensus différencié, à la manière des luthériens et des catholiques quand ils signèrent la Déclaration commune sur la justification. « L'une des choses qui a changé, remarque encore Raphaël Picon, c'est l'attitude des libéraux par rapport à l'institution ecclésiale. Il n'y a plus là de mise en cause et les libéraux ne la contestent plus. » Là aussi, les choses se sont apaisées. Pour sa part, Frédéric Rognon, professeur à la faculté de théologie protestante de Strasbourg, remarque que « la pluralité théologique existe au sein même des Églises ». Chacun donc, charismatique ou libéral, cohabite.
Les différences d'approches sont-elles pour autant gommées ? Certes pas. Le contexte change et des questions émergent, réactivant les lignes de fracture. La mondialisation a créé des sociétés plurielles culturellement et religieusement. Quels rapports ces religions entretiennent-elles? Chacune s'accorde à promouvoir le dialogue et le respect. Mais au-delà? Faut-il convertir? Côté chrétien, c'est la question du salut qui se trouve posée. « Je crois à l'universalité du salut », pose ainsi le libéral Raphaël Picon. « Certes, il ne nous appartient pas de définir les limites. Toutefois, il n'y a pas, effectivement, une universalité du salut », estime, au contraire, Christophe Paya. Prosélytisme, évangélisation autant de questions qui en découlent. Mais c'est bien sur la question de la figure du Christ, unique sauveur ou non, que se fondent les divergences.
Si les termes de la pluralité théologique sont nets quant à l'interreligieux, d'autres champs de réflexion sont encore mouvants. La pensée théologique investit de nouveaux territoires. Posée par la question de l'écologie, une théologie de la Création dessine ses contours, surtout dans les courants luthéro-réformés. Depuis peu, comme le remarque Christophe Paya, la mouvance évangélique s'y intéresse à son tour. Quelle est la place de l'être humain dans la Création ? La centralité de la place de l'homme, un homme perçu d'abord et surtout comme un prédateur, a été remise en cause par les penseurs de l'écologie radicale.
À travers la contestation de l'humanisme, le christianisme, ou plus exactement le judéochristianisme, a été mis en cause par l'Australien Peter Singer, l'un des précurseurs de la pensée écologique. Faut-il alors défendre la place centrale de l'homme au cour de la Création? Ce sont ces questions qui commencent à se poser. À l'aune de leur lecture de la Bible et de leurs options politiques, les théologies divergeront sans doute. Plus radical encore, le statut de l'animal et du végétal, du vivant en général. « La tradition biblique entretient un certain anthropomorphisme », souligne Frédéric Rognon. La question de Dieu et du salut est-elle réservée à l'homme ou concerne-t-elle l'ensemble des êtres vivants ? Voilà l'une des polémiques qui pourrait surgir, en réponse à la pensée écologique, entraînant des positionnements divergents des théologies.
Orthodoxie et prospérité
Malgré tout, une nouvelle orthodoxie protestante ne serait-elle pas en train d'émerger? Le protestantisme n'est-il pas contraint aujourd'hui de redéfinir ses frontières ? Au centre des débats, la théologie de la prospérité, en plein essor en Afrique et en Amérique latine, touchant surtout des courants issus du pentecôtisme. À peine créé, le Conseil national des évangéliques de France (CNEF) avait chargé sa commission théologique de réfléchir à cette question. Au Cap, en 2010, la conférence de Lausanne III, grand sommet évangélique, avait condamné la théologie de la prospérité. « C'est un débat sérieux », remarque Christophe Paya. Le salut chrétien, selon la théologie de la prospérité, implique une bénédiction matérielle et physique, un bonheur ici et maintenant. « Au sein de cette théologie, il y a toutes sortes de dérives comme vendre des promesse, du genre: si vous donnez, vous serez riches», poursuit Christophe Paya.
Condamnée sans ambages par le libéral Raphaël Picon, qui y voit une sortie du protestantisme, cette théologie de la prospérité, malgré des condamnations officielles, embarrasse dans les rangs évangéliques.
BERNADETTE SAUVAGET
1. Débat à l’Oratoire, à 16h, le 15 octobre
À VIVRE, AVOIR
La paroisse de L'Oratoire du Louvre, à Paris, fête ses deux cents ans. Au programme un culte de la cité le 16 octobre à 10h30, des expos au temple et à ta mairie du 1 e, arrondissement, des débats, un concert Bach. www.oratoiredutouvre.fr
L'Oratoire du Louvre et tes protestants parisiens Labor et Fides, 25 C. Des historiens, des théologiens, une vingtaine de plumes brillantes pour une vraie page d'histoire et de culture.
L'Oratoire, en chaire et en réseaux
Cela ressemble à un détonant mélange de tradition et de modernité. Le lieu d'abord, une ancienne église catholique, très typique de la Contre-Réforme dans son architecture, devenu un des haut lieux du protestantisme parisien (un paradoxe en soi!), une prédication de haute volée et une théologie libérale, des pasteurs en robe et qui montent en chaire, un sacristain, des fidèles issus de vieilles et célèbres familles protestantes ou des nouveaux venus au protestantisme...
La paroisse de l'Oratoire vit de ce paradoxe revendiqué, d'une certaine manière sa singularité. Et de deux cents ans d'histoire qu'elle célèbre à travers plusieurs manifestations à partir du 13 octobre. « Les historiens ont coutume de dire que le passé a de l'avenir», cite Philippe Gaudin, président du conseil presbytéral depuis 2007, pour expliquer le choix de célébrer ainsi cet anniversaire. Comme d'autres, ce philosophe de métier a croisé sur sa route la paroisse de l'Oratoire, quand il souhaité faire baptiser son fils. Là, le courant a passé avec l'un des pasteurs. « C'est un lieu qui m'oblige», aime à dire, pour sa part, James Woody, l'un des deux pasteurs de la paroisse.
Un pasteur internaute
Avec son collègue Marc Pernot, il souhaite enraciner la liberté théologique, qu'il revendique pour lui-même et ses fidèles, dans la tradition. Dans l'histoire de l'Oratoire, il y a, bien sûr, cette identité forte, la théologie libérale (lire sur le sujet l'excellente contribution d'André Encrevé à l'ouvrage édité pour cet anniversaire, voir ci-contre). « Nous travaillons à ce que chacun puisse se forger ses propres convictions », poursuit James Woody. « Le libéralisme est toujours présent, souligne Philippe Gaudin. Mais il n'a pas la même signification qu'au XJX siècle. Il y a une pluralité et une ouverture théologique parmi les membres de la paroisse. »
Paroisse chic? Paroisse aisée tout au moins. L'Oratoire a des moyens financiers, ceux que lui assurent des legs dont elle a bénéficié dans le passé et les soutiens parmi ses fidèles actuels. Grâce à cela, elle a été l'un des grands donateurs pour la mise en place du fonds Ricoeur. Mais Philippe Gaudin insiste: « L'origine sociale des paroissiens est très diversifiée. »
« L'un des nos axes d'action est de faire le lien entre théologie libérale et christianisme social », poursuit James Woody. S'engager, à La Clairière (le centre social fondé il y a cent ans par Wilfrid Monod) ou ailleurs mais mettre sa foi en actes.
Mais l'un des traits majeurs, en 2011, de la paroisse de l'Oratoire est certainement son dynamisme (voir le dossier de Réforme du 10 février 2011). Ii signe le renouveau d'un nombre significatif de paroisses réformées, particulièrement dans les grandes villes.
À l'Oratoire, environ 200 personnes assistent au culte, le double lors des grandes fêtes. Les clefs de ce succès? Une position centrale au coeur de Paris, des initiatives sur Internet (les prédications en vidéo et un pasteur, Marc Pemot, répondant aux questions des internautes, 200 consultations quotidiennes), un accent mis sur la prédication, un bouche à oreille actif. Mais sans doute aussi et surtout, la capacité à percevoir les besoins nouveaux, tant en quête de sens qu'en termes de formations. Et à y répondre.
B. S.
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Évangile et liberté N°252 d’Octobre 2011
BICENTENAIRE
La paroisse de l'Oratoire du Louvre fête cette année le bicentenaire de sa naissance. Et il y a presque 130 ans que la tendance libérale s'y est affirmée. En mai 1882, les candidats libéraux remportent les élections presbytérales dans cette paroisse: ils y obtiennent une moyenne de 215 voix, contre 201 aux candidats évangéliques (certains auteurs préfèrent utiliser le mot « orthodoxes », mais, depuis Its années 1840, la plus grande partie des membres de cette tendance se désignent eux-mêmes sous le nom d'« évangéliques ». Il nous semble donc logique d'utiliser ce terme). Et, depuis lors, l'Oratoire est une paroisse libérale. Pour comprendre ce résultat, ilfaut se reporter au début des années 1860.
Comment la paroisse de l'Oratoire est devenue libérale
Avant 1860 Paris, l'Église réformée constitue une seule entité. Mais cette situation est modifiée en 1860, la suite de l'agrandissement de la capitale. En effet, pour rester fidèle à la tradition d'unité, on se contente de définir cinq paroisses « officieuses », avec chacune des pasteurs spécifiques: l'Oratoire, Sainte-Marie et Pentemont (l'ancien Paris), ainsi que Les Batignolles et Plaisance. On distingue la prédication « paroissiale », faite par le pasteur (ou les pasteurs à tour de rôle) dans la paroisse à laquelle ils sont affectés, et la prédication « générale », donnée dans le temple de l'Oratoire, selon un tour de prédication organisé entre les pasteurs de l'ancien Paris.
Cette organisation se maintient jusqu'en 1882, avec quelques aménagements: comme la population augmente, on délimite peu à peu de nouvelles paroisses officieuses, Belleville, Passy et le Saint-Esprit. De plus, en 1878 on réorganise la prédication générale ; désormais chaque pasteur sera appelé à prêcher dans toutes les paroisses de la capitale, le dernier dimanche de chaque mois étant réservé à cette nouvelle forme de prédication générale.
Par ailleurs, en 1852, l'État édicte que désormais les membres laïcs des conseils presbytéraux et des consistoires seront élus au suffrage universel masculin. Des élections sont donc organisées et elles sont remportées par les évangéliques. Ensuite en 1856 et 1859 (les membres laïcs sont renouvelés par moitié tous les trois ans), une liste de conciliation est mise au point et les évangéliques conservent la majorité.
Toutefois, le climat se tend peu à peu entre les libéraux et les évangéliques, parce que ces derniers sont choqués par les « hardiesses » des jeunes libéraux extrémistes, qui se mettent à contester explicitement la plupart des doctrines traditionnelles. Or les évangéliques estiment que ces extrémistes n'ont pas leur place dans l'Église. Ils reprochent donc aux pasteurs libéraux parisiens, qui sont pour la plupart des modérés, de céder ponctuellement leur chaire à des libéraux extrémistes - ou, pour les plus âgés, de réclamer des suffragants extrémistes - dans le but d'affirmer le droit pour ces derniers de prêcher dans les chaires de l'Église. Si bien qu'après 1860, quand un poste est vacant (ou créé) les évangéliques, majoritaires, n'acceptent plus de nommer un pasteur libéral bien que les libéraux rassemblent une importante minorité des électeurs. Des deux côtés il s'agit d'une question de principe, qui conduit à un affrontement.
De ce fait, en 1861 les libéraux mettent sur pied une Union protestante libérale (U.P.L.), pour tenter de remporter les élections de 1862. Les polémiques sont vives, mais ils sont battus; et les libéraux perdent aussi les élections de 1865, de 1868 et de 1872. Cependant, ils remarquent que, s'ils sont bien minoritaires dans l'ensemble de la capitale, ils sont majoritaires dans la paroisse officieuse de l'Oratoire. D'où l'idée de demander à l'État la division de l'Église en paroisses officielles, avec chacune un conseil presbytéral. Ainsi, s'ils remportent les élections à l'Oratoire, ils pourront y nommer des pasteurs libéraux. Ils en font donc la demande pour la première fois à la fin de l'année 1865, mais l'État refuse d'agir contre l'avis du consistoire.
Après le synode de 1872
Les données du problème se modifient à partir de 1872. En effet, las des querelles internes des protestants, l'État décide en 1870 de réunir un synode général. Cela mécontente les libéraux mais satisfait les évangéliques qui l'ont demandé -, parce que ces derniers souhaitent voir adopter une Déclaration de foi, assez vague pour qu'elle convienne aussi à tous les libéraux modérés, mais assez précise pour que les libéraux extrémistes ne puissent pas l'accepter. Ce synode se réunit en 1872. Et, comme les évangéliques y sont majoritaires, il adopte une Déclaration de foi, très proche (à mon sens, tout au moins) de celle qui sera acceptée en 1938, lors de la formation de l'Église Réformée de France. Mais, même le libéraux modérés votent contre, non pas en raison dc son contenu, qu'ils approuvent, mais parce qu'ils sont alors opposés au principe des Déclarations de foi obligatoires pour les pasteurs.
Par ailleurs, le synode adopte aussi des « conditions religieuses de l'électorat paroissial » qui sont acceptées par les évangéliques et par les libéraux modérés; quant aux libéraux extrémistes, ils se contentent de s'abstenir. Et l'État, qui a convoqué le synode bien que la législation (les «Articles organiques » de 1802) ne mentionne pas son existence, décide de soutenir la mise en application de cette décision du synode, à laquelle même les libéraux extrémistes ne se sont pas opposés. Mais alors l'ensemble des libéraux refusent cette mise en application, parce qu'ils ne veulent pas reconnaître une autorité doctrinale au synode (problème de la Déclaration de foi).
De ce fait, en 1874 les libéraux parisiens qui n'acceptent pas les conditions religieuses de l'électorat adoptées par le synode sont radiés de la liste électorale. Ils décident donc de s'organiser à part, ouvrent leur propre registre électoral officieux, et procèdent à des élections à une sorte de Conseil presbytéral libéral officieux, appelé Comité libéral de l'Église reformée de Paris (et l'U.P.L. disparaît).
Puis, ils font appel au Conseil d'État, contre leur radiation de la liste électorale officielle en arguant du fait que, puisque la loi de 1802 ignore le synode général, et que l'État s'est contenté de convoquer un synode sans modifier la législation, les décisions de ce synode n'ont aucun caractère contraignant tant que le gouvernement ne les a pas approuvées, ce qui est le cas. Et, en 1880, le Conseil d'État leur donne raison.
De plus, en mars 1882 les libéraux obtiennent de leurs amis politiques au pouvoir la division de l'Église réformée de Paris en huit paroisses officielles, malgré l'opposition du conseil presbytéral et du consistoire. Les élections ont lieu en mai 1882. Certes, nous le savons, les libéraux remportent celles de l'Oratoire. Mais ils sont déçus parce qu'ils perdent d'assez nombreuses voix par rapport à 1872 et, surtout, ils sont battus dans toutes les autres paroisses, en particulier dans celle de Sainte-Marie où ils étaient majoritaires en 1872.
De ce fait, comme l'Oratoire est la seule paroisse officielle contrôlée par les libéraux, celle-ci évolue. Au lieu de rassembler les fidèles qui habitent au centre de la ville, elle devient plutôt, peu à peu, une «paroisse de tendance », qui attire des libéraux habitant dans n'importe quel quartier. D'autant plus qu'en 1882 il a été entendu que les paroisses possédaient certes des limites géographiques précises, mais que les fidèles restaient libres de s'inscrire sur le registre électoral de la paroisse de leur choix, quel que soit leur lieu de résidence.
par André Encrevé
Lire sur Evangile et liberté
Napoleonica. La Revue de la Fondation Napoléon, N° 11, 2011/2
Commémorations
L'Oratoire du Louvre 1811-2011 : deux siècles de protestantisme à Paris [14/10/2011 - 16/10/2011]
Des journées pour retracer deux siècles de la religion protestante à l'occasion du bicentenaire de l'oratoire du Louvre.
C'est en 1811, que l'Oratoire du Louvre fut mis à la disposition des protestants par Napoléon.
L'Empereur, souhaitant la jonction entre le Louvre et les Tuileries, avait décidé de faire démolir l'église Saint-Louis du Louvre (servant au culte de l'Eglise réformée). En échange il proposa au pasteur Paul-Henry Marron l'église de l'Oratoire.
Le 23 février 1811, le pasteur Marron obtint donc de l'Empereur « l'ouverture de l'église au culte protestant, mais provisoirement seulement », son affectation définitive au culte réformé n'ayant été obtenue que par une loi du 5-8 août 1844.
Le premier culte solennel et l'inauguration du nouveau temple eurent lieu le 31 mars 1811.
Au programme : deux expositions, l'une dans le temple sur ces deux siècles de protestantisme à Paris et l'autre dans les locaux du premier arrondissement sur cette présence dans ce quartier particulier, mais aussi un livre, des débats, des conférences et tables rondes, récital...
Programme complet / Site Internet de l'Oratoire du Louvre
Lire sur Napoleonia
Paroles protestantes n°359 d'octobre 2011
" Bicentenaire de L'Oratoire du Louvre "
Église emblématique de la Contre-Réforme puis entrepôt de décors pour l’Opéra, l'Oratoire est depuis 1811 une paroisse protestante au rayonnement incontestable.
Pas de lieux de culte à Pads pour les protestants : depuis 1570 en effet, les temples ne sont autorisés qu'à six lieues de la capitale. Après la destruction des temples (celui de Charenton pour les Parisiens) qui suivit la Révocation, les protestants avaient dans la capitale la ressource de se rendre dans les ambassades: du Danemark pour les luthériens, de Hollande pour les réformés. Il fallut attendre l'Empire pour que les protestants jouissent d'une existence légale, avec la pleine liberté de culte.
Oui, mais où ? Les protestants avaient acheté l'église Saint Louis du Louvre, mais celle-ci devait être démolie à la suite de l'aménagement du Carrousel. Et l'Oratoire ?
Pratiquement abandonné puis nationalisé à la Révolution, transformé en magasin de décors pour l'Opéra et le Théâtre Français, l'édifice était en piteux état, mais conservait de beaux volumes. Enfin, le 23 février 1811, Napoléon met l'Oratoire du Louvre à la disposition du consistoire. Un mois plus tard, l'Église réformée inaugure ce nouveau temple. Depuis 200 ans ce lieu symptomatique du protestantisme français rayonne au cœur de Paris.
C'est dans ce bâtiment des Oratoriens, né de la volonté de l'Église catholique de s'exprimer dans la mouvance d'une foi plus évangélique, que le père de Bérulle fonde en 1611 la Congrégation de l'Oratoire. Cette dernière - de son nom complet Oratoire de Jésus et Marie Immaculée de France - avait pour objectif d'élever le niveau religieux, spirituel et moral du clergé français, notamment à travers l'enseignement. L’église actuelle est édifiée en 1621 et sera élevée au rang de chapelle royale en 1623. Les reines Marie de Médicis et Anne d'Autriche y venaient régulièrement, et c'est à l'Oratoire qu'eut lieu le service funèbre pour le cardinal de Richelieu, ironie de l'histoire...
Au coeur de Paris
L’exercice du culte protestant redevient possible en ce début du XIXe siècle. La nuit est passée, le jour s'est levé sera d'ailleurs la base de la prédication lors du culte d'inauguration, le 31 mars 1811, par le pasteur Marron, ancien chapelain de l'ambassade de Hollande. Le protestantisme français est à l'aube d'un changement de perspective radical puisqu'il a désormais pignon sur rue et peut se déployer. Pour l'instant point de construction ex nihilo - tout est pourtant à réédifier - et l'affectation d'anciennes chapelles catholiques au culte protestant est une aubaine (l'église Sainte-Marie, actuel temple du Marais et l'ancienne chapelle du couvent des Bernardines, actuel temple de Pentemont en sont des exemples parallèles). Mais des travaux s'imposent.
Le bâtiment de l'Oratoire a souffert. On transporte les stalles de la vieille église Saint-Louis du Louvre. La division en hauteur de l'ancien choeur formera la grande sacristie et la Salle Haute. On installe des tribunes dans les anciennes petites chapelles et en 1828, c'est l'installation du premier orgue. On remplace la croix du grand portail en 1852, un nouveau clocher est érigé en 1855. À l'intérieur du temple protestant, il ne reste presque plus rien des statues et ornements de l'ancienne église. Au-dessus de l'orgue se trouve un vitrail orne d'une croix de la Légion d'Honneur remise par Napoléon aux trois premiers pasteurs de l'Oratoire. La chaire est toujours d'époque mais tous les bas-reliefs qui la décoraient ont disparu. La colombe du Saint-Esprit à la croisée des voûtes, la table de communion, les fonts baptismaux furent tous obtenus grâce à des dons établis à la fin du XIX siècle. Le lieu s'est « protestantisé » pour répondre à des exigences différentes de celles qui avaient présidé à sa conception: organiser l'espace autour de la Parole. Pour cela il a gagné en sobriété et tenté de se corseter dans un habit qui lui allait mal mais qu'il est peu à peu parvenu à apprivoiser.
Un lieu symbolique
L’Oratoire, jusqu'à l'avènement d'autres lieux de cultes protestants, restera longtemps l'incarnation physique du protestantisme à Paris. Il subira les conséquences des travaux d'Haussmann, des barricades et des guerres successives il sera le lieu où se montreront les Anglais à la chute du Premier Empire, les Prussiens à la chute du Second. Il sera également le lieu de débats et de controverses théologiques qui ont animé, souvent avec fougue et passion, les courants constitutifs du protestantisme français à la fin du XIX' siècle. De grands pasteurs y ont prêché, comme Athanase Coquerel, Adolphe et Wilfred Monod... Après les dissensions qui ont suivi le Synode de 1871 entre libéraux et réformés évangéliques, l'Oratoire sera aussi, en 1938, le cadre de la reconstitution de l'Église réformée de France (ERF). Après avoir contribué à la construction de nombreux temples au XIXC siècle, l'Oratoire a encore créé des oeuvres sociales, des écoles et des dispensaires. La Clairière, créée en 1911, est encore aujourd'hui un des premiers centres sociaux de Paris. Le scoutisme s'y est développé dès l'origine, qui compte aujourd'hui deux meutes de louveteaux, une troupe d'éclaireurs, une compagnie d'éclaireuses et des aînés. La qualité remarquable de l'acoustique en fait aussi un lieu apprécié pour les concerts et la musique, grâce notamment à sa chorale.
A ce jour l'Oratoire, sous sa forme protestante, fête ses 200 ans à travers tout un programme de festivités, conférences et exposition (voir le détail dans l'encartage). C'est encore et toujours une paroisse vivante, riche d'initiatives et de projets. I
Thierry Mourgue
A la mémoire de Coligny
C'est un coin un peu sombre de la rue de Rivoli, derrière une grille, au chevet de l'Oratoire. Approchez-vous : ici se dresse la statue de l'amiral de Coligny, à deux pas de l'église Saint-Germain l'Auxerrois dont les cloches sonnèrent le début de la Saint-Barthélemy et de l'endroit où Coligny fut assassiné. Érigée sur souscription publique, la statue fut inaugurée en 1889. Aux pieds de l'amiral figurent deux allégories féminines : la Patrie, avec le rappel du siège de Saint-Quentin où s'illustra Coligny ci l'Église, qui tient la palme du martyre. En dessous d'une Bible ouverte est gravé un extrait du testament de l'Amiral
J'oublierais bien volontiers toutes choses qui ne toucheront que mon particulier soit d'injures soit d'outrages, pourvu qu'en ce qui touche la gloire de Dieu et le repos public, il puisse avoir seureté.
La reine Wilhelmine des Pays-Bas, descendante de Coligny, est venue s'y recueillir solennellement en 1912. C'est aussi là que par tradition, les catéchumènes de l'Oratoire se font photographier le jour de leur confirmation.
Anne-Marie Balenbois
Pour en savoir plus:
L’Oratoire du Louvre et les protestants parisiens,
par Philippe Braunstein, Labor et Fides, 2011, 25 €
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